Pierre Chevaldonné, Chercheur en biologie et écologie marine au CNRS à Marseille

Dans le sillage de Pierre Chevaldonné, Chercheur en biologie et écologie marine au CNRS

Le premier rendez-vous est fixé à la Station Marine d’Endoume, sur la presqu’île de Malmousque, à Marseille. Un haut-lieu de la biologie marine méditerranéenne. C’est ici que Pierre a établi sa base. Dans cet institut, une cinquantaine de chercheurs explorent, observent et tirent les enseignements du vivant. Pierre Chevaldonné est l’un deux. Il travaille au sein de l’IMBE (Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale). Cette unité mixte de recherche fait de l’écologie, au sens large, sur les milieux méditerranéens, depuis le début des montagnes jusqu’au fin fond des canyons sous-marins.

Mais pour l’heure, c’est au bout d’un long couloir suranné que se cache l’antre du chercheur. Un bureau qui semble minuscule tant il est encombré : dossiers, livres, classeurs, bestioles sous toutes ses formes, flacons, dessins… « J’ai plein d’objets d’étude car malheureusement ou heureusement, on se disperse. »

Des espèces nouvelles pour la science avec Pierre ChevaldonnéBiologie et écologie marine, kézako ?

Pierre travaille sur la biodiversité marine depuis près de trente ans. Pourquoi existe-t-il une telle diversité ? Comment se fabrique-t-elle au cours des temps évolutifs ? Comment est-elle menacée par les changements en cours ? « J’essaie de comprendre comment les écosystèmes réagissent aux changements globaux que nous vivons, qu’ils soient climatiques ou liés à la pression anthropique. Et parce qu’il m’arrive aussi parfois de tomber sur des choses inconnues, mon métier consiste à décrire des écosystèmes ou des espèces nouvelles pour la science. Dans ce bureau par exemple, il y en a plein dans ces flacons qui attendent que j’arrive à remettre la main dessus. »

De Cousteau à l’Antarctique

Volcans et grottes sous-marines sont devenus son aire de jeu favorite. « J’ai toujours aimé barboter dans la mer, c’est sans doute ce qui m’a mené jusqu’ici. »  Une enfance les pieds dans l’eau, sur les rivages de l’Algérie ne lui fera plus jamais quitter la mer. « J’ai su très tôt ce que je voulais faire. A 10 ans, la vision de ce métier est celle du Commandant Cousteau. J’étais passionné et capable de traverser tout Alger pour trouver le dernier magazine qui traitait du sujet. »

Après un parcours universitaire jusqu’à une thèse en océanologie, il fait ses premiers pas à l’IFREMER à Brest, avant de décoller pour l’Islande en 1990. Il y effectuera son service militaire en qualité d’attaché scientifique à l’ambassade de France. Puis suivront les premières missions dans l’Oregon, le New Jersey, l’Océan Pacifique et le Golfe de Californie où il effectue une de ses premières plongées de l’extrême en sous-marin dans les profondeurs de la Mer de Cortez. (ndlr – Un lieu mythique pour les biologistes marins immortalisé par John Steinbeck, « Dans la mer de Cortez », une petite bible de l’écologie avant l’heure, à lire sans modération !)

Le Nautilus de Jules Verne, Neuville 1869

Plongée dans l’inconnu

Pierre a 26 ans lorsque le mythe devient réalité. 1h de descente dans la Mer de Cortez, à bord d’un sous-marin dont la sphère en titane est capable de supporter la pression des 2 000 m de profondeur. « Ce qui m’a le plus marqué, c’est la disparition de la lumière lors de la descente. Tout est silencieux, on descend comme une pierre. Puis petit par petit, à travers le hublot, le bleu se fonce de plus en plus jusqu’à devenir noir. » Le sous-marin aux airs de Nautilus n’éclaire que quelques mètres autour de lui. Seul un sonar permet de détecter les reliefs de ces profondeurs mal connues. « Les cartes que nous en avons sont bien moins précises que celles que nous avons de la lune. »

Des oasis de diversité

Cette fois, Pierre est chargé de prélever des échantillons de la faune des sources hydrothermales, au niveau de volcans sous-marins. « Lorsque nous avons ralenti notre descente, à près de 2 000 m de profondeur, j’ai découvert aux abords des sources, des champs de laves éteints recouverts de sédiments. Puis les sources elles-mêmes qui sont des oasis avec des biomasses extraordinaires. A ces profondeurs, il y a une autre faune, très spécialisée : des poulpes, des poissons, des crabes, différents, qui ont réussi à s’adapter. »

Plongée en Antarctique, Pierre Chevaldonné.

Mission Polaris

En Terre Adélie, l’adaptation est partout. Les vers marins qu’il part observer, mesurent entre 3 et 6 cm de long sur le littoral breton ; en Antarctique, l’une des espèces atteint 30 cm et vit dans une eau à – 1,8 °C.  Aujourd’hui, c’est la troisième fois qu’il embarque pour la base française de Dumont D’Urville (DDU), aux côtés de son collègue du CNRS, Stéphane Hourdez, chercheur à la Station Biologique de Roscoff.

Leur mission, dans le cadre du programme de recherche Polaris, est d’échantillonner des espèces afin d’étudier l’impact du réchauffement des eaux marines sur la faune locale. Pour ce faire, il faudra plonger sous la glace, dans des conditions extrêmes, en quête d’un vivant dont tout reste à appendre…