Astrolabe Antarctique 2018 Hobart Dumont D'Urville

« Voilà, on est samedi matin, c’est la nuit de vendredi à samedi pour vous. On devait partir à 15h mais on va sans doute avoir du retard. Je te dirai. »

Cabine Astrolabe Antarctique 2018 TAAF IPEVPierre a posé ses valises à bord de l’Astrolabe la nuit dernière. S’il part en Antarctique pour la troisième fois, c’est néanmoins une première avec ce nouveau navire baptisé l’an passé à Concarneau. « On s’est tous installés dans nos cabines et on commence à prendre nos marques sur ce bateau bien différent du précédent. Des salons confortables, des cabines plus spacieuses… On y gagne clairement en confort. Reste à attendre le test de la mer. »

La traversée du pack glaciaire

Si à Hobart, les températures avoisinent aujourd’hui les 30°, au large la mer est forte. Les conditions de navigation qui attendent les passagers sont loin de celles des croisières qui pullulent de l’autre côté de l’Antarctique. Il faudra passer le pack glaciaire, un océan recouvert de plaques de glace à la dérive qui se sont détachées de la banquise. Une traversée pas tout à fait comme les autres sur un navire pas tout à fait comme les autres. Pierre Barthélémy, journaliste au Monde, écrivait en octobre 2017 : « L’Astrolabe est bien plus qu’un bateau, il constitue un rite initiatique, un long sas de six jours sur un océan ­démonté, un accouchement à l’Antarctique ».

Pour vous donner un petit aperçu de l’ambiance (IPEV / Réal. : Yvon Le Gars, Prod. : ABER Images) :
L’Astrolabe dans le pack

L’Astrolabe, navire mythique…

Si l’Astrolabe résonne dans notre imaginaire collectif, c’est parce qu’il est l’une des signatures de la grande histoire de l’exploration du globe. Le tout premier ne fut autre que la célèbre frégate de Jean-François de La Pérouse, disparue dans les îles Salomon en 1788. Viendra ensuite, la corvette de Jules Dumont d’Urville, lancée a Toulon en 1811, et avec laquelle Dumont d’Urville explora l’Antarctique jusqu’à découvrir une terre nommée Adélie en l’honneur de sa femme. Nous sommes en 1840. Depuis, les expéditions vers la Terre Adélie n’ont pas cessé. L’Astrolabe sur lequel Pierre a fait ses deux premiers voyages était un ancien ravitailleur de plates-formes pétrolières, aussi rustre que robuste, reconverti en brise-glace. Si certains l’ont surnommé le « gastrolabe », en souvenir de traversées douloureuses, l’ancien navire conserve l’admiration de tous ceux qu’il a vaillamment convoyés comme en témoigne le magnifique ouvrage de Daphné Buiron et Stéphane Dugast, Le passeur de l’Antarctique (EPA-Hachette livre).

…ou tactique ?

Changement d’ambiance pour cette nouvelle page de l’histoire qui s’écrit avec le dernier Astrolabe. Fruit d’un partenariat entre les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), l’Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) et le Ministère de la défense (Marine nationale (MN)), le navire brise-glace est armé en permanence par la marine nationale qui fait son grand retour dans les missions polaires. Deux équipages de la Marine nationale formés à la navigation polaire à l’école de navigation supérieure maritime de Marseille se relaieront tout au long de l’année pour armer le navire et accomplir les missions qui lui sont confiées. Outre assurer le soutien à la logistique avec le transport de fret et de passagers entre Hobart et la base Dumont d’Urville, l’Astrolabe naviguera dans les eaux chaudes de l’Océan indien afin d’assurer des missions de Défense et de surveillance des Zones économiques exclusives (ZEE) et affirmer la souveraineté nationale aux Terres australes et antarctiques françaises.

Antarctique continent de paix / Photo IPEV

Antarctique continent de paix / Photo IPEV

Réserve naturelle consacrée à la paix et à la science

Rappelons néanmoins qu’en Terre Adélie, la souveraineté française s’exerce dans le contexte du traité sur l’Antarctique signé à Washington en 1959. Ce dernier établissait un « gel » des prétentions territoriales et affirmait la liberté de la recherche scientifique sur tout le continent. L’Antarctique sera sans frontière. Et seule la science y a droit de cité. En 1961, un nouveau coup de vis est donné, les revendications territoriales sont à nouveau gelées et l’exploitation des ressources et le déploiement militaire interdits. 30 ans plus tard, en 1991, le protocole de Madrid a proclamé le continent « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». Pour cinquante ans… Jusqu’en 2041. Autant dire, demain !

Pour l’heure, après une nuit récupératrice, Pierre et son acolyte Stéphane Hourdez, s’offrent le dernier brunch à Hobart dans leur café habituel avant l’embarquement. Ils viennent d’envoyer les dernières nouvelles : sur le bateau, une seule messagerie pour tous les passagers, les échanges seront plus rares mais ils restent possibles ! Si tout va bien, nous les retrouvons dans quelques jours, à l’approche du pack.