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Pierre-Henri Gouyon, professeur , spécialiste des sciences de l’évolution
Pierre-Henri-Gouyon-©Université-Paris-1-Panthéon-Sorbonne

Pierre-Henri Gouyon est professeur au Museum National d’Histoire Naturelle, à Sciences Po Paris et à AgroParisTech. Spécialiste des sciences de l’évolution, il a répondu à Bleu Tomate, avant son intervention à la Faites sans OGM.

« Bien souvent les problèmes des plantes peuvent être traités en allant chercher des gènes présents dans la nature ! »

Bleu Tomate : Vous intervenez le 25 février à Avignon à la « Faites sans OGM » sur le thème des nouveaux OGM. En quoi ceux-ci diffèrent-ils des autres ?

Les OGM que nous connaissons sont obtenus par introduction de gènes étrangers dans un organisme. Il s’agit d’une manipulation génétique. Depuis un an environ, les progrès techniques en matière de manipulation permettent de modifier la structure même de l’ADN d’une plante sans avoir besoin d’introduire de l’ADN extérieur.

AFFICHE FAITES SANS OGM

On introduit bien un gène au sens informationnel du terme mais pas au sens matériel. Pour donner une image, cela revient à récrire sur le papier du livre. C’est plus insidieux et plus « propre » en même temps, car on peut faire des choses invisibles.

BT : Quels risques font courir ces OGM cachés ?

Comme les autres, ils posent le problème grave du brevet car ils permettent à quelques groupes puissants de s’approprier le patrimoine génétique. C’est ultra dangereux car la diversité est un élément essentiel de la vie et on risque de déposséder les agriculteurs de leurs semences. Si on supprime le brevetage, les multinationales y verront un enjeu beaucoup moins déraisonnable et le problème sera résolu !

Au-delà, ces nouveaux OGM peuvent sans doute faire naître des plantes possédant des formes de résistances aux maladies. Sauf que quand on nous dit, « avec nos techniques, on peut résoudre les problèmes », bien souvent les mêmes problèmes peuvent être traités en allant chercher des gènes déjà présents dans la nature !le colza peut être un nouveL OGM

BT : La position de la France sur ces OGM cachés est-elle claire, au regard des remous et des démissions constatées au sein du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB)* ?

Je comprends qu’il y ait des mouvements d’humeur au HCB. Ce Conseil est structurellement en crise, c’est dans sa nature. Sur la position adoptée, les bruits qui proviennent du HCB sont quand même plutôt rassurants. Plus personne ne dit que ces OGM cachés n’ont rien à voir avec des OGM !

BT : Que dira selon vous la Commission Européenne, qui doit rendre un avis juridique sur ces nouveaux OGM ?

Quelle que soit la manière dont elle se positionnera, cela ne changera pas grand-chose car la Commission Européenne a de toute façon décidé de se défausser de cette responsabilité sur les Etats. Chacun d’entre eux devra prendre une décision et légiférer en la matière.

tournesol
tournesol

BT : N’y a-t-il pas un fossé abyssal entre le lobbying mené par les multinationales et celui des défenseurs de la biodiversité et de l’agroécologie ?

Nous ne pouvons pas lutter contre ces multinationales avec les mêmes armes car nous ne possédons tout simplement pas les mêmes moyens. Pour autant, ces mêmes lobbyistes OGM nous disaient, dès 1998, « vous verrez, dans deux ans, tout sera OGM en France ». Voyez le résultat ! Presque vingt ans plus tard, il n’y a toujours pas de cultures OGM.

Des hommes politiques se sont mouillés pour cela. Alors, il est nécessaire de continuer à faire de la contre pression, en ayant bien conscience que les pros OGM sont nombreux dans la communauté scientifique et même qu’il existe des résistances fortes dans la société civile.

BT : Nous importons beaucoup d’OGM pour l’alimentation animale, sous forme de soja ou de maïs transgénique. Le combat n’est-il pas déjà perdu ?

Le soja et le maïs transgénique, oui, mais également des végétaux arrosés de Round up, sans parler de l’ensilage, dont la fermentation rend les bovins alcooliques, avec des pathologies graves comme des cirrhoses du foie !

Comme il va devenir par ailleurs très difficile de tracer les nouveaux OGM, il y a une chose que je demande depuis longtemps, c’est « l’étiquetage filière ». Ce serait une manière de s’assurer que toute la chaine, du champ à l’assiette, n’ai jamais impliqué un producteur d’OGM. Ce serait assez facile à mettre en œuvre et beaucoup plus simple à contrôler.protéger la biodiversité

BT : Que pensez-vous de la création de l’Agence Française de Biodiversité (AFB), effective depuis le 1er janvier ?

On ouvre une Agence pour en fermer trois autres, qui ont été regroupées dans celle-ci. On y gagne semble-t-il en concentration de moyens. J’attends tout de même de savoir comment le prochain pouvoir politique, issu des élections du printemps, traitera cette agence.

Je constate aussi hélas qu’elle est rattachée au ministère de l’Environnement, alors que les questions de biodiversité sont pour la plupart du ressort du ministère de l’Agriculture, historiquement d’un plus grand poids…


*Les organisations démissionnaires du HCB ont lancé une pétition pour demander que les ministères français de l’Agriculture et de l’Environnement, ainsi que la Commission Européenne, ne laissent planer aucun doute sur le fait que les nouveaux OGM soient soumis à la réglementation sur les OGM.

 

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