Mario Marret Terre Adélie Antarctique

Nous avons demandé à Pierre de choisir un nom parmi les explorateurs qui ont marqué selon lui l’histoire de la Terre Adélie. Sans hésitation, il a cité Mario Marret. Un homme au destin hors du commun.

A DDU, tout le monde le connaît. Mario Marret a donné son nom à l’un des sites classés Monument Historique : la base Marret. Une cabane ! Devenue le « squat » des hivernants, elle rappelle le buron de l’auvergnat où l’on vient partager un repas et le goût de l’aventure. Marret venait de ces volcans d’Auvergne où le feu ne s’éteint pas. Quelques photos ont laissé de lui un visage marqué, caché derrière une moustache ou une barbe épaisse selon les saisons, une dégaine de baroudeur aux allures de beau gosse, un petit air de ché guevara avec une grandeur du regard qui laisse présumer une vie pas ordinaire.

L’étoffe d’un héros à la cuirasse solide

Fils de cantonnier, le jeune auvergnat a très tôt l’étoffe d’un héros à la cuirasse solide. En 36, il a 16 ans. C’est le Front Populaire, il dresse des pelotons de grévistes. Anarchiste, il est membre des Auberges de jeunesse, pratique l’espéranto et dynamite quelques calvaires dans les campagnes auvergnates au nom de la lutte anticléricale. Mais les choses sérieuses ne débutent qu’en 1939, lorsqu’il devient secrétaire du groupe de la Solidarité Internationale Antifasciste (SIA) de Clermont Ferrand. Infiltré dans le camp d’Argelès-sur-Mer, il y recueille les témoignages de compagnons espagnols internés. La radio devient alors son arme de prédilection. Pendant la guerre, il rejoint la résistance et le centre d’écoutes d’Alger, puis Londres avant d’être ré-envoyé en France. Arrêté à Lyon en 1944, torturé et interné au Fort de Montluc, Marret est sauvé de justesse de la peine de mort par les troupes alliées débarquées en Provence.

Un destin hors du commun

Il a une trentaine d’années lorsqu’il s’engage en tant qu’opérateur radio pour les expéditions polaires de Paul-Emile Victor. Il participe à la première expédition au Groenland en 1948 avant d’embarquer pour la Terre Adélie. Lors de la campagne de 1950, le cinéaste en titre décède d’une crise cardiaque pendant le voyage. A la hâte, Mario Marret se voit désigné pour assurer le tournage des films, et révèle son talent au travers de documentaires souvent primés (Terre Adélie en 1951, Images d’un été, Les Pingouins empereurs et Aptenodytes Forster en 1953).

Une cabane de fortune

Cabane Marret – Crédit photo P. Chevaldonné

En 1952, il se retrouve chef d’expédition en Terre Adélie. Les Expéditions Polaires Françaises ont alors établi une base permanente à Port-Martin, à 70 km à l’est de l’actuel DDU. Mais la découverte d’une colonie de manchots empereurs sur l’Ile des Pétrels les incite à y créer une annexe pour mieux les observer tout au long de l’hivernage. Au cours de la nuit du 23 au 24 janvier, un incendie se déclare à Port-Martin, et, en moins d’une demi-heure, attisé par un vent violent, la station est détruite. Les hivernants et ceux de la relève rembarquent le soir même sur le Tottan, devenu navire refuge. Pour eux c’est retour au bercail, direction la France ! Mais 7 hommes veulent rester dont le chef d’expédition Mario Marret. L’annexe sur l’île des Pétrels devient leur cabane. Prévue pour être un poste d’observation pour 4 personnes, elle fera office de station de fortune pour 7 hommes. La Base Marret est née, l’hivernage peut commencer. Action !

Pour la petite histoire, après ses aventures australes, Marret fait un détour par l’Algérie où la guerre éclate. Lors de l’indépendance, il participera à la création de la télévision algérienne avant de poser ses valises dans les années 1970, à Aix-en-Provence. Il deviendra psychanalyste avant de décéder le 5 janvier 2000.

Pierre vous propose de visiter sa cabane, suivons-le c’est par ici !