18 janvier 2018. Les équipes du programme Polaris s’apprêtent à plonger sous les glaces de l’Antarctique. Rencontre avec un vivant mystérieusement adapté à des conditions extrêmes.

Pierre Chevaldonné est chercheur en biologie et écologie marine au CNRS. C’est à ce titre qu’il est en mission en Antarctique aux côtés de son collègue, Stéphane Hourdez, chercheur à la Station Biologique de Roscoff. Ils viennent plonger sous la glace de la Terre Adélie pour la troisième fois. Leur mission : récolter et observer des espèces de vers marins. Sur le littoral breton, ce type de bestiole mesurent entre 3 et 6 cm de long. En Antarctique, elles peuvent atteindre 30 cm et arrivent à vivre dans une eau à – 1,8 °C !

 Une banquise indécise

« C’est la troisième fois que je viens ici et la situation est un peu inédite pour le moment », explique Pierre depuis la base Dumont D’Urville. « La première année, il y avait une banquise bien dure sur laquelle on pouvait facilement se déplacer et accéder à l’eau par des trous. La deuxième, il n’y avait quasiment plus de banquise et les bateaux nous permettaient d’aller partout. Cette année, nous sommes dans un entre-deux compliqué. Il y a toujours de la glace, mais elle n’est pas en suffisamment bon état pour y circuler. »

Plongée Polaris en AntarctiqueDes plongées à risque

Hier, après une première reconnaissance vers l’île Claude Bernard, l’état de la banquise a contraint l’équipe à faire demi-tour. Aujourd’hui c’est donc de l’autre côté de l’île des Pétrels, sur un site appelé « Mât Iono » que Pierre et Stéphane, assistés par Jérôme Fournier qui assure leur sécurité en surface, ont décidé de préparer leur plongée. Sous leur combi de scaphandrier, peu souple mais robuste et ultra étanche, les plongeurs sont tout bonnement habillés : sous-vêtements thermiques, caleçon long, sous-pull et même une doudoune polaire ! A cela, il faut ajouter 18 kg de plomb plus les bouteilles d’air comprimé. Alors, au moment de s’enfoncer sous la glace, la libération de l’apesanteur compense aisément la morsure du froid. Courage Pierre !

Plongée Polaris en Antarctique

Une eau à -1,8°

A cet endroit, la banquise fait encore un petit mètre d’épaisseur. Progressivement, Pierre et son comparse glissent dessous, palmes en avant. Ils ont environ une demi-heure devant eux dans une eau à -1,8°. « Il faudra ralentir au maximum la respiration pour éviter d’avoir du givre dans le détendeur. C’est toujours désagréable de sentir des cristaux de glace dans la gorge », confie Pierre en souriant. Même après des décennies de plongée dans des profondeurs extrêmes, la sécurité reste la première des priorités. Ne rien laisser au hasard.

Plongée Polaris en Antarctique limace blancheLes écosystèmes face aux changements

Passé les eaux troubles dues au mélange avec l’eau douce, les premières grandes algues apparaissent. A 17m de profondeur, une faune quasi-immobile se dévoile : grands coquillages, étoiles de mer, limaces blanches, araignées et poissons, tous mystérieusement adaptés à cet environnement glaciaire si hostile. Quelques échantillonnages sont délicatement prélevés, puis c’est la remontée vers la glace. Les expériences vont pouvoir commencer. Pierre travaille sur la biodiversité marine depuis près de trente ans. « J’essaie de comprendre comment ces écosystèmes réagissent aux changements globaux que nous vivons, qu’ils soient climatiques ou liés à la pression anthropique. » Une plongée vers l’extrême, au bout de la chaîne du vivant, pour tenter de comprendre.

Plongez avec Pierre et visionnez les toutes dernières images reçues de DDU :