Maraîcher à Pernes-les-Fontaines (84), Stéphane Campo travaille beaucoup, mais uniquement à la force de ses bras, et en respectant le sol et la biodiversité. Un choix de vie. Et une réussite économique qui lui pose  question.

Le jour de notre rendez-vous, il est attelé à sa tondeuse ! C’est bien le seul outil à moteur qu’il s’autorise, avec la pompe d’irrigation branchée sur le canal de la Sorgues, qui court au bord de sa parcelle.

Sur les 108 « planches de culture », les premières pousses arrivent – ©J.B.

Ici ni tracteur, ni motoculteur, ni serre, ni électricité… Et un investissement initial de 6 à 7 000 €, pour lancer son activité de maraîchage il y a 6 ans. Pour l’achat du terrain d’un hectare, il avait puisé dans ses économies.

Des revenus au rendez-vous

Au bout de 6 années d’exercice, il dégage un revenu de 1500 € par mois. Son histoire est celle d’un joli démenti à ceux qui découragent les candidats à l’installation qui manqueraient de moyens ! Mais ce jeune ingénieur qui a choisi le retour à la terre l’affirme tranquillement : « On peut vivre sur une petite surface si on est bien organisé et si on valorise bien ses produits ».

Stéphane, paysan décroissant

Sur « Le champ d’à côté », le nom de sa parcelle, Stéphane travaille avec la lune – ©J.B.

Alors sur les 2500 m2 qu’il consacre au maraîchage, il produit une trentaine de variétés de légumes d’avril à décembre. Et vend sur les marchés de Pernes, au Biocoop de Carpentras, à quelques restaurants, à la ferme.

Stéphane a également planté une centaine de fruitiers, « pour l’aspect paysager », et tient chaque année 1/5 de sa parcelle en jachère.

Optimiser les rotations, bichonner le sol

Si sa production bio est connue et appréciée, c’est sans doute qu’elle est de qualité. Adhérant au label Nature et Progrès, Stéphane mise tout sur la bonne santé du sol. « Avant on mettait dans le sol ce qui paraissait nécessaire à la plante. Mais si le sol est en bonne santé et bien équilibré, la plante y trouvera son compte. Plus que d’azote, il a besoin de carbone, pour le dégrader ». Et de ne pas être travaillé, sous peine de détruire tout ce qu’il comporte de vivant !

Stéphane irrigue

Entouré de grandes haies, le champ de Stéphane est irrigué par aspersion ou goutte-à-goutte, et le sol n’est jamais « nu » – ©J.B.  

Alors bien sûr, Stéphane travaille beaucoup, mais il n’est pas le seul agriculteur dans ce cas ! Et encore, relativise-t-il : « J’ai du temps l’hiver, je peux prendre des vacances et de longs weeks-ends. C’est vrai qu’entre mai et septembre, j’ai du mal à sortir la tête de l’eau… Tout arrive en même temps, je n’ai pas le temps d’écouter le chant des oiseaux ! »

Ne pas perdre sa vie à la gagner

Et ça, ça le chagrine Stéphane. Militant écolo de toujours, il a  roulé sa bosse un peu partout dans le monde en travaillant pour des ONG. Il critique « un monde où dominent la violence et la puissance. Si économiquement t’es rien, humainement t’es rien non plus ». il a longtemps cherché comment mettre ses actes en accord avec ses idées.  L’agriculture est pour lui un levier de changement de la société. « Tu mets les mains dans le cambouis, tu agis concrètement ».

Le temps, la vraie richesse ?

Alors comme sa petite entreprise marche bien, au lieu de se verser des revenus toujours plus élevés, -qui le poussent à consommer davantage-, il préfère investir dans la réduction de sa facture énergétique. Comment se passer des plastiques, installer une serre en verre, des panneaux solaires pour alimenter la pompe, ne plus être dépendant du pétrole…

Stéphane conserve l'humidité avec les voiles

Le voilage protège le sol, Stéphane espère le remplacer par un produit sans pétrole ©J.B.

« J’ai besoin de gagner ma vie, mais je ne comprends pas la croissance permanente ! Je ne veux pas devenir plus gros, mais tenter de rendre mon système moins gourmand en énergie, plus local et plus propre », explique-t-il.
Et aussi pouvoir écouter le chant des oiseaux, même en pleine saison…

Le champ d’à côté à Pernes-les-Fontaines (84)
lechamp777@gmail.com
06 02 50 56 65
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