Shift project : pour une agriculture bas carbone

Corentin Leroux membre des Shifters

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Corentin Leroux membre des Shifters

Med’Agri, le lieu de tous les débats et propositions ! Le rapport du Shift Project -laboratoire d’idées qui travaille sur la transition climat/énergie- y a été présenté. Il va dans le sens d’une agriculture « résiliente et prospère ». Retour sur la conférence de Corentin Leroux, ingénieur agronome et Shifter*.

Sur la méthode, tout d’abord. Le Shift Project est une association d’intérêt général. Elle s’appuie sur un conseil scientifique et pour ce rapport consacré à l’agriculture, sur plus d’une centaine d’organismes et des milliers d’agriculteurs à travers tout le pays.

De ce minutieux travail de compilation et d’agrégation, l’association a tiré un diagnostic, des solutions et des recommandations pour une agriculture bas carbone.

80% des agriculteurs prêts à la transition

Premier constat qui émane de la concertation auprès de 8 000 agriculteurs : s’ils aiment leur métier, ils sont à 80% inquiets de la viabilité économique de leur ferme, du changement climatique, à 70% de l’impact des produits phytosanitaires et à 80% encore prêts à s’engager dans la transition écologique, pour peu que des financements les accompagnent.

Côté diagnostic, les catastrophes climatiques, la perte de la biodiversité et l’érosion des sols, la grande dépendance aux énergies fossiles s’accompagnent d’une chute des revenus depuis les années 70.

Quatre scenarii, dont un dit « consensus »

Côté solutions, le Shift Project a élaboré quatre diagnostics. Les trois premiers répondent soit à l’enjeu de la souveraineté alimentaire nationale, soit à l’indépendance énergétique soit à la question de la sécurité alimentaire internationale.

Le quatrième, dit « scenario consensus » table sur les objectifs « Gaz à effet de serre » (GES) et la résilience. Fondé en premier lieu sur le respect d’objectifs physiques, climatiques, énergétiques, et surtout de résilience, il permet de donner la vision d’un arbitrage possible entre les différents objectifs stratégiques.

Des pratiques connues et efficaces

Le rapport propose alors des leviers susceptibles d’engager l’agriculture dans une nouvelle voie. Ils vont de l’évolution de l’élevage (soutien aux éleveurs résilients, réduction du cheptel de bovins de 27%…) au rétablissement des équilibres des sols rompus par la spécialisation et l’éloignement entre végétal et animal, en passant par la reconfiguration de la fertilisation.

Celle-ci pourrait se traduire par  la multiplication par trois des surfaces consacrées aux légumineuses et le développement des couverts végétaux, des engrais organiques et des cultures à bas niveau d’intrants. Autre levier, la réductions des GES produits par les camions, tracteurs et autres moteurs et aussi l’augmentation du stockage du carbone dans le sol, grâce à l’agroforesterie, aux prairies et aux cultures intermédiaires.

Des décisions nationales

Pour mettre en place cette nouvelle agriculture, le rapport préconise d’assumer la hausse des coûts de production, ce qui sous-entend la nécessité de prix plus rémunérateurs pour les producteurs, d’agir simultanément sur l’offre et la demande (si on développe une culture, encore faut-il qu’elle soit consommée) et de privilégier les mesures incitatives plutôt que coercitives. Les actions doivent être conduites à trois niveaux : celui de la ferme, celui du territoire et au niveau national et européen.

Le Shift Project a lancé une communauté « Agri 2050 » qui se veut apartisane et asyndicale. Il propose un manifeste à signer et travaille déjà sur l’aval de la filière, autrement dit la question de l’alimentation. En 2028 sortira le rapport « Nourrir et manger en 2050 ».

une parcelle enherbée après arrachage des cerisiers
Les couverts végétaux travaillent en faveur du sol ©JB

Cette agriculture bas carbone, résiliente et prospère ne se mettra en place qu’à travers une transformation globale, et des plans coordonnés entre filières, territoires et acteurs, affirme le Shift Project. L’association constate que la réponse des pouvoirs publics n’est aujourd’hui pas au niveau. « Une transformation globale est nécessaire. Il est urgent de faire un choix de société dès aujourd’hui et décider quelle agriculture nous souhaitons en 2050 » peut-on lire dans les conclusions de son rapport.

Conclusions qui mettent en lumière des évidences qui nous semblaient acquises chez Bleu Tomate, après plus d’une décennie de journalisme de terrain. Le Shift Project les rappelle, aux responsables politiques de les entendre.

*The Shifters est une association Loi 1901  qui soutient  les travaux du groupe de réflexion The Shift Project.

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