Depuis le 1er janvier, c’est la Ligue de protection des oiseaux (LPO) qui gère la Réserve naturelle des Marais du Vigueirat. Ce site emblématique majeur, situé entre les espaces naturels de la Crau et de la Camargue est bordé au nord par la ville d’Arles et au sud par le Port autonome de Marseille.
Les Marais du Vigueirat s’étendent sur 1 200 ha, dont 900 classés en réserve nationale. Alors le montage est complexe : le foncier appartient au Conservatoire du littoral. La gestion de la réserve est assurée par la LPO France, avec l’appui de la LPO PACA sur le territoire. L’État fixe les objectifs de conservation liés au classement en réserve naturelle et finance une partie des missions d’intérêt général de gestion du site.
La LPO a donc la mission de mise en œuvre du plan de gestion de la réserve : protection des espèces et des habitats, suivis scientifiques, gestion des milieux naturels, sensibilisation du public (c’est l’une des missions traditionnelles de l’association), concertation avec les acteurs locaux et participation à la vie du territoire.


De multiples acteurs pour un seul site
Le financement des actions repose principalement sur l’État pour les missions de la réserve naturelle, mais aussi sur le Conservatoire du littoral pour les investissements, ainsi que d’autres financeurs publics selon les projets (département, communes et communauté de communes dès lors que cela entre dans leur champ de compétences), et acteurs privés. A titre d’exemple, le temps passé par les salariés de LPO PACA en 2026 est financé par UNIVET, fonds de dotation vétérinaire. Par ailleurs, la LPO France a réussi à mobiliser les fonds du Loto de la Biodiversité pour 2027.
La Région Sud de son côté ne participe pas au projet car elle souhaite recentrer ses financements sur des compétences régionales…
Des investissements indispensables pour assurer les missions de gestion
Les grands travaux de modernisation nécessitent la mobilisation conjointe du Conservatoire du littoral, de l’État et d’autres partenaires publics (dont la commune). Les modalités sont très encadrées : un bilan du plan de gestion 2017-2026 à réaliser avant la préparation du futur plan. La LPO devra réaliser également en préalable un DAT (Diagnostic d’Ancrage Territorial), ainsi qu’un diagnostic patrimonial des bâtiments et un état des ouvrages hydrauliques. Il s’agit de présenter un programme pluriannuel d’investissements permettant d’assurer la pérennité du site dans un contexte de changement climatique et d’évolution des usages.


L’équipe salariés de la Réserve confortée dans ses missions
Les périodes de transition sont toujours difficiles à traverser. Mais l’équilibre a été préservé entre « anciens » et nouveaux arrivants. Les missions de protection et de gestion du site sont assurées par des gardes (dont deux sont assermentés). Charge à eux de parcourir tout au long de l’année les 1 200 ha de marais, roselières, prés salés et prairies douces afin d’en surveiller l’état et surtout le niveau d’eau. « Certaines personnes de l’équipe portent la mémoire du lieu. Elle est importante à conserver afin de faire évoluer la gestion des espaces tout en s’adaptant aux nouvelles contraintes climatiques » nous explique Marie notre guide.


La gestion de l’eau « fait » le Vigueirat, aussi bien pour la faune sauvage que pour les élevages de chevaux et taureaux, en partenariat avec des manadiers locaux. Un conseil scientifique cautionne les choix de gestion pour la conservation des habitats et des espèces qui fréquentent le site.
L’implication de la LPO PACA permettra d’ancrer la gestion du site dans les réalités régionales, de mobiliser l’expertise naturaliste locale, de développer les partenariats avec les acteurs du territoire et de favoriser l’engagement des bénévoles au service de la préservation de ce site emblématique de Camargue.
La LPO engagée dans un projet territorial d’envergure
« Ce site est vraiment une zone emblématique pour la LPO PACA. Il nous permet de concrétiser toutes nos missions », nous explique Jean Loup le Neveu, nouveau président régional. « Il est à la fois un lieu de sensibilisation pour le grand public, de mobilisation pour les bénévoles des groupes locaux, et une source de données scientifiques incroyables et indispensables ». Pour autant, l’enjeu est d’en faire tout à la fois une vitrine exemplaire sur le savoir-faire et les compétences de la LPO dans la gestion d’un espace naturel sensible, que d’en maîtriser la fréquentation afin qu’il ne devienne pas victime de son succès. « Le sujet est sensible car réel, et partagé par bon nombre d’autres espaces devenus, depuis le COVID, de véritables destinations touristiques. De nombreux gestionnaires réfléchissent de plus en plus aux moyens à mettre en œuvre pour limiter ou du moins réguler une fréquentation devenue parfois contraireaux intérêts du lieu. Voyez les Calanques de Marseille ! ».


La prise en compte de ce nouveau contexte fait partie de la réflexion menée par la LPO. Limiter les nuisances pour éviter la dégradation d’un site particulièrement fragile. Concilier objectifs de préservation et équilibre financier pour permettre aux Marais du Vigueirat de rester un îlot de nature sans égal. Des défis majeurs, alors que la zone où ils se situent est appelée à connaître des changements majeurs avec des projets d’envergure comme la construction de la ligne à très haute tension entre Jonquières (30) et Fos sur Mer.
