Forêts provençales, un patrimoine naturel à préserver

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Forêts provençales, un patrimoine naturel à préserver Bleu Tomate

Les informations parfois se télescopent sur le sujet de la forêt. Par souci de clarté, nous avons choisi de rencontrer l’interlocuteur à même de nous apporter des précisions : l’ONF, l’Office National de la Forêt. Le directeur territorial 13/84, Julien Panchout, a répondu à nos questions.

En quelques chiffres, la forêt française occupe un peu plus de 30% du territoire national hexagonal, mais 51% en Région Sud. Elle y est détenue à 64% par des propriétaires privés, et 60% des habitants de la Région vivent à moins de 200 m d’une forêt. Elle progresse un peu partout en France, notamment du fait de la déprise agricole, mais aussi par le développement de sources d’énergies alternatives au bois et la mise en œuvre de programmes de reboisements massifs. (source Observatoire Régional de la Forêt et du Bois)

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Julien Panchout, directeur ONF 13-84 © ONF

Comment se portent nos forêts en Bouches-du-Rhône et Vaucluse ?

Julien Panchout : Sur tout le territoire on constate un dépérissement avéré des zones forestières. Ce qui est important à savoir, c’est que dans nos départements il est moins grave qu’ailleurs. Tout simplement parce que nos essences sont d’ores et déjà adaptées aux températures élevées et aux périodes de sécheresse, ce que le réchauffement climatique impose petit à petit partout. Cependant, on constate que même si pin d’Alep et chêne vert connaissent une mortalité ponctuelle, les sapins du Ventoux roussissent et meurent sur pied. Quant aux chênes pubescents,ils présentent régulièrement ce que l’on appelle une « descente de cime ». Il s’agit de la mort progressive des parties supérieures de l’arbre (la cime), qui se dessèche et dépérit en raison d’un stress hydrique prolongé. Cela n’est pas de bon augure pour un arbre…

On parle beaucoup de la résilience de la nature : qu’en est-il réellement ?

JP. Malheureusement ce n’est pas aussi évident !! Bien que résilient, l’arbre a besoin de temps pour évoluer. Et le changement climatique est beaucoup plus rapide que ses capacités d’adaptation. C’est la raison pour laquelle notre rôle est d’anticiper ces évolutions. Nous devons diversifier les essences et les structures de peuplement, c’est-à-dire la manière dont les arbres et la végétation sont organisés et répartis dans l’espace, tant horizontalement que verticalement. Cette notion est essentielle en écologie forestière et en gestion des forêts, car elle influence la biodiversité, la santé de la forêt, et les pratiques sylvicoles. Nous disposons aussi de notre station d’expérimentation à Cadarache, de notre verger conservatoire de pin de Salzmann et plus largement de divers peuplements classés, notamment de cèdres de l’Atlas. Ils nous permettent d’alimenter une banque de graines pour la France entière dans le cadre de la mission d’intérêt générale qui nous est confiée par l’Etat.

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Les essences de nos massifs forestiers se sont déjà adaptés à la chaleur et aux sécheresses © ONF

Quelle est la stratégie de l’ONF dans nos départements ?

JP. Hormis quelques plantations test ponctuellement dans le Ventoux ou les Monts de Vaucluse, nous privilégions plutôt la régénération naturelle. C’est-à-dire que nous laissons les graines présentes dans le sol se développer. Elles ont des caractéristiques génétiques intéressantes pour l’adaptation au changement climatique et sont déjà prêtes pour les conditions du terrain où elles sommeillent. Elles ont de ce fait plus de chance de produire des arbres résistants. A titre d’exemple d’expérimentation, le cèdre de l’Atlas qui a été introduit au XIX siècle en forêt communale de Bédoin : nous testons sa résistance versant nord sujet à des gelées plus longues et plus intenses. Nos prédécesseurs des Eaux et Forêts avaient déjà le sens de l’anticipation…

La filière bois se développe fortement en région Sud : Peut-on considérer que la forêt provençale est en capacité de faire face aux besoins ?

JP. Nous avons la chance de disposer d’une couverture forestière importante dans notre région, qui nous permet d’assurer les besoins de la filière bois. Il est important de rappeler que la majorité du bois produit est utilisé dans la filière bois locale, source d’emplois pérennes sur ce territoire. Selon les essences exploitées, la production sera orientée vers la filière bois d’œuvre (fabrication de charpentes, meubles), bois industrie (papeterie) ou bois énergie pour alimenter la filière biomasse et en particulier les nombreuses chaufferies de la région. A ce jour, on en compte un peu plus de 300 en fonctionnement sur l’ensemble du territoire.

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Les chiffres clés de la forêt en Région Sud © ONF

Comment peut-on aider la forêt à résister ?

JP. Déjà, une forêt qui résiste est une forêt entretenue. Elle pourra alors faire face aux perturbations comme les tempêtes, les maladies et bien sûr les incendies. Je vous disais que nous favorisons la régénération, mais celle-ci n’est envisageable que sur un territoire qui n’a pas connu de trop nombreux incendies sur un même secteur. Par exemple sur certains secteurs de la Côte Bleue ou du plateau de Vitrolles, la régénération naturelle n’est plus forcément possible par endroit. On assiste de fait à l’épuisement de la banque de graines liée aux feux à fréquence trop rapprochée. C’est pour cette raison que nous communiquons largement sur l’entretien nécessaire des ouvrages de défense des forêts contre l’incendie (bandes débroussaillées de sécurité, coupures de combustible, …)  mais également sur le respect des obligations légales de débroussaillement en périphérie des zones forestières. C’est ce qui nous permet d’anticiper les grandes catastrophes estivales comme ont pu les vivre récemment l’Aude ou la Gironde.

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L’entretien des forêts, une démarche essentielle de protection© ONF

Quels sont les moyens dont vous disposez pour favoriser ces pratiques ?

JP. Ce travail est mené en partenariat étroit avec un grand nombre d’acteurs. L’Etat a confié à l’ONF une mission d’intérêt général sur la défense des forêts contre l’incendie. Nous intervenons sur trois thématiques : la prévention (appui aux autorités et aux collectivités, contrôle des OLD, entretien des ouvrages DFCI, patrouilles estivales), l’appui aux opérations de lutte et de secours, la gestion post-incendie (recherche des causes et des circonstances de l’incendie, cartographie du feu, mise en sécurité et reconstitution de l’espace brûlé).

Quel équilibre entre prévention et coercition ?

Depuis le COVID, les espaces forestiers connaissent une fréquentation exponentielle. Et elle est parfois le fait de personnes qui ne connaissent pas bien ce milieu. Notre rôle est de faciliter la cohabitation entre les différents usagers, promeneurs, chasseurs, sportifs… Trouver les espaces dédiés à ces pratiques et éventuellement de réguler les excès. Nous disposons d’un pouvoir de police qui nous permet d’intervenir. Les principales thématiques d’interventions sont les dépôts sauvages, la circulation des véhicules dans les massifs forestiers mais également l’emploi du feu.

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Toute l’année les forestiers travaillent à la préservation des massifs forestiers © ONF

L’été, nous assurons un suivi de l’accès aux massifs forestier en fonction du risque feu aux côtés d’autres partenaires comme les forestiers sapeurs, les réserves communales, la garde forestière régionale, les parcs naturels et bien sûr les pompiers.

Pour ce qui est des autres massifs forestiers de la Région Sud, les problématiques rencontrées ne sont pas nécessairement identiques. Dans de prochains articles, nous irons faire un tour du côté des Alpes, ainsi qu’à la rencontre de la responsable de la RTM, le service de l’ONF chargé de la mission « Restauration des Terrains en Montagne », mission historique de l’ONF depuis le XIXe siècle.

La forêt est devenu un espace très fréquenté, mais aussi un espace fragilisé par toutes les agressions naturelles ou d’origine humaine. Chacun doit s’en sentir responsable et en prendre soin, charge à l’ONF de l’adapter au changement climatique.


 

 

 

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