Dans la tempête, le riz de Camargue garde le cap

grande aigrette dans un champ de riz en Camargue
grande aigrette dans un champ de riz en Camargue

À quelques jours du Salon International de l’Agriculture 2026, Bleu Tomate zoome sur le riz. Un petit grain de chez nous. La Camargue produit en effet 99% du riz français. Une filière qui fait front, malgré les coups de vent venus du large.

Le riz est un cachotier. Sur sa nature, tout d’abord. Céréale ou légumineuse ? Sur le plan strictement botanique, le riz est une céréale. Mais sa richesse en amidon le classe dans les féculents, comme les lentilles qui, elles, sont bien des légumineuses. À noter que si on le consomme complet, le riz apporte des fibres en quantité, mais aussi des vitamines et des minéraux… à l’instar des légumes !

Plus de 90% du riz de Camargue en IGP

« On est une petite filière : « orpheline », « tropicale », « mineure » selon les classements… C’est notre originalité », sourit Bertrand Mazel. Riziculteur aux Saintes-Maries-de-la-Mer, il est aussi président du Syndicat des Riziculteurs de France et Filière (SRFF).

tracteur et cigognes
Les cigognes aussi apprécient les rizières ©F. Pavanello

Nanti d’une IGP (Indication Géographique Protégée) depuis plus de 20 ans (et première céréale à l’être), le riz de Camargue compte 160 producteurs. Avec les riziers (ou transformateurs), les stockeurs et les metteurs en marché, environ 2000 personnes animent la filière. Aujourd’hui sur 15 000 hectares, 80 000 tonnes de riz brut sont produites chaque année. Soit environ 60 000 tonnes de riz blanchi.

Riz, taureaux et zones naturelles

Une filière qui se veut vertueuse. « 20% de la production est en bio, et elle consomme moins de produits phytosanitaires que d’autres », affirme Bertrand Mazel. « On sait que le riz est bon pour la santé… et pour la Camargue ! En effet, sa culture aide à lutter contre la salinisation (ndlr : le riz favorise la pénétration de l’eau douce dans le sol). En contribuant au maintien des zones humides et de la biodiversité il fait vivre le territoire ».

Dans le riz, tout se transforme : alimentation animale avec les brisures, cosmétiques avec le son, énergie avec la balle*, isolation avec la paille… Une pépite de valorisation.

« Une filière diversifiée, c’est plutôt une force »

Autre originalité de la filière, sa segmentation, ses marchés de niche. Grande distribution, marques nationales, plats cuisinés, desserts lactés, restauration collective, épicerie fine pour les riz colorés ou encore riz à rizotto ou à sushi… La Camargue peut produire toutes les variétés de riz. La tendance est aux riz parfumés ? Qu’à cela ne tienne, elle s’y met. Et même aux riz qui ressemblent au très demandé basmati.

une demoiselle sur un brin de riz
Une demoiselle dans la rizière ©F. Pavanello

Le riz de Camargue joue sur la qualité pour tirer son épingle du jeu. Car les vents sont contraires, le marché impitoyable et la concurrence féroce. Malgré une consommation en hausse, les riz importés d’Asie à bas coûts tirent tous les prix vers le bas.

« Une surproduction mondiale jamais vue »

Alors comment va la filière ? « Pas trop mal, constate le président du Syndicat des Riziculteurs. Nous avons été épargnés, dans une agriculture en crise. Mais depuis un an, c’est la tempête ! Entre les importations à prix cassés et la grande distribution qui conserve ses marges, on se sent pris en otage ! Il nous faudrait des protections contre cette concurrence, les États-Unis et la Chine le font, avec des droits de douane, des clauses de sauvegarde, mais pas l’Europe » regrette le riziculteur.

Le riz de Camargue ne pèse que 10% de la consommation nationale, il devrait pourtant se vendre. Encore faudrait-il que les consommateurs soient informés de son existence -la profession réclame un étiquetage obligatoire sur la provenance- et de ses qualités. Et qu’ils acceptent de le payer à un juste prix. Des campagnes de communication seraient bien utiles, mais la filière n’a pas de gros moyens.

Dans la tempête, le riz de Camargue garde le cap Bleu Tomate
L’irrigation, une nécessité pour la riziculture en Camargue. Crédit CA13.

Et puis un français consomme en moyenne 5 kg de riz par an, quand un portugais en mange 25, et un asiatique… jusqu’à 150 ! Alors au Salon de l’Agriculture, fin février, la filière présentera une nouvelle variété de riz rond. De nouvelles variétés de riz parfumé vont bientôt arriver. « On se bat tous les jours pour promouvoir la filière. Dans ce monde impitoyable, il ne faut pas s’endormir mais innover, aller sur le secteur premium, on est sur cette lancée », conclut Bertrand Mazel.

C’est décidé, vous allez manger davantage de riz ? Il existerait 7000 recettes, donc pas de monotonie en vue. Et bien sûr, vous choisirez du riz de Camargue !

*La balle est l’enveloppe qui protège le grain de riz. Longtemps non valorisée, elle sert depuis une quinzaine d’années comme isolant thermique.

 

Le riz qui entre et le riz qui sort

Selon une étude de France Agrimer (2022), la France importe chaque année environ 500 000 tonnes de riz équivalent blanchi, en provenance de l’Union européenne (23% d’Italie) et de pays tiers, principalement le Cambodge (17%) et la Thaïlande (13%).

Elle a exporté ces 5 dernières années, en moyenne 45 000 tonnes de riz (équivalent blanchi) par an, pour plus de 95% destinées à des pays de l’Union européenne, principalement vers l’Allemagne (25%) et la Belgique (20%).

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