Plus qu’une idée, c’est le concept même de l’hydrologie régénérative : une nouvelle manière d’aborder notre monde. Plutôt que s’adapter à une situation climatique et environnementale fortement dégradée, si on changeait nos pratiques et notre regard sur notre environnement ?
Nous avons rencontré Samuel Bonvoisin, ingénieur agronome, formateur mais surtout conférencier et formidable porte-voix du sujet, lors du 1er Festival Un Pas de Côté à Aureille, dans les Alpilles. L’ambition de ce jeune festival porté par des bénévoles enthousiastes ? Rassembler et faire coopérer des citoyens soucieux de leur environnement et de son devenir, des citoyens qui désirent préserver le vivant dont ils font partie.
S’appuyer sur ce qui fonctionne
Très enthousiaste de la réception faite à ses propos par les quelques 250 personnes présentes à sa conférence, Samuel est intarissable. « Le concept existe depuis une dizaine d’années et, à partir de 2022, j’ai eu envie de mieux faire connaître l’hydrologie régénérative au cours de conférences partout en France mais aussi en Belgique ». Quelques projets émergeaient déjà, tout en restant relativement confidentiels. « L’idée était de changer radicalement d’échelle, d’élargir notre public en nous adressant aux citoyens mais aussi aux territoires, le meilleur niveau pour expérimenter et éprouver la pertinence de ce concept ».
Le recyclage continental de l’eau
Saviez-vous qu’il existe deux types d’eau ? L’eau bleue c’est l’eau visible, celle qui compose nos étendues maritimes, nos lacs, nos mares, nos fleuves et rivières. Mais les 2/3 des précipitations sont fabriquées par l’eau verte : c’est-à-dire celle qui est produite par l’évaporation des sols et des végétaux. Nos paysages sont la source d’émission de cette eau verte. Les sols riches, les forêts aux essences diversifiées, les bocages et les haies, ou encore les zones humides. Ces paysages favorisent l’évapo-transpiration dans un cycle vertueux pluie/évaporation/pluie… Une même molécule d’eau peut être recyclée jusqu’à 5 ou 6 fois, garantissant ainsi une bonne répartition de l’eau dans le temps et dans l’espace.
La « casse » du cycle de l’eau douce
Mais depuis les années fastes du remembrement agricole, nous avons non seulement détruit ces facteurs déterminants, mais aussi largement favorisé l’écoulement de l’eau. Nous avons recalibré (creusé le lit) de nos rivières et ruisseaux, nous en avons rectifié le cours (suppression des méandres). Elle va donc plus vite. Et du fait de sa vitesse, elle creuse les sols, elle retire la couche où se situe la plus grande partie de matière organique, qui est pourtant l’endroit qui stocke le mieux l’eau, et surtout elle ne s’infiltre plus. Elle ne recharge donc pas les nappes phréatiques, voire contribue à l’avènement de crues plus fréquentes. L’artificialisation des sols comme certaines pratiques agricoles ou sylvicoles ont également largement contribué à la « casse » du cycle de l’eau douce. La solution : refaire des sols des « éponges vivantes », réorganiser la circulation de l’eau dans les paysages.
Régénérer ce qui se dégrade
Le concept de l’hydrologie régénérative se résume dans l’acronyme RISED. C’est-à-dire Ralentir, Infiltrer, Stocker, Evapo-transpirer et Diversifier. Pour diminuer l’érosion des sols, il faut alimenter les nappes phréatiques et recréer des microclimats. Et la bonne échelle pour agir est sans conteste le territoire : meilleure écoute, des moyens d’agir, des citoyens sensibilisés et mobilisés. Samuel présente les objectifs et actions de l’association Pour Une Hydrologie Régénérative, regroupement de citoyens, chercheurs, élus, qui préconise de régénérer les cycles de l’eau à partir du bassin versant des cours d’eau.
Un sujet éminemment complexe et de nouvelles solutions à trouver
Lutter contre le gaspillage, protéger la ressource, sélectionner des semences résistantes au sec sont des moyens. Mais sont-ils la seule voie, le seul levier en notre possession pour développer notre résilience à l’échelle territoriale ? Limiter l’arrosage par aspersion : oui, mais avec des productions qui favorisent l’évapo-transpiration. Installer l’arrosage en goutte à goutte ? Oui aussi, cela permet d’être plus sobre en termes de consommation d’eau, mais cette pratique n’aura aucun effet sur la régénération de l’eau utilisée…
L’avenir ?
L’optimisme de Samuel Bonvoisin est également le résultat de l’avancée de ces idées sur le terrain. Les Agences de l’Eau se mobilisent, les élus s’emparent du sujet, des relais d’experts s’organisent localement, des entreprises à leur tour s’engagent. Son rêve, son ambition : structurer les territoires pour mutualiser les expériences, tant auprès des particuliers que des collectivités. C’est au plus près du terrain que se prennent les décisions les plus impactantes. Les leviers dont disposent les politiques locaux permettent d’agir au plus près des habitants et de leur quotidien.
Association Un pas de côté
Son ambition, faire « un pas de côté » pour observer, ralentir, et prendre part à une transition réfléchie. Ouvrir un espace de discussion et agir avec plaisir face aux défis de la crise climatique, environnementale et sociétale. Ces deux jours du festival ont été joyeux, riches de discussions et de découvertes, et surtout le creuset d’un formidable élan d’optimisme, porté notamment par un public plutôt jeune et motivé. Objectif atteint. Projections, conférences (Éloge de la Robustesse par Olivier Hamant) ont trouvé leur public. Sans oublier les producteurs locaux qui ont été mis à l’honneur pour la partie restauration. On ne peut que souhaiter longue vie à ce festival !
