Georgia Lambertin, « trois vies en une »

Georgia Lambertin pdte de la Chambre régionale d'agriculture PACA 2026

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Georgia Lambertin pdte de la Chambre régionale d'agriculture PACA 2026

Dans le cadre de notre dossier sur « l’année internationale des agricultrices », proclamée en 2026 par la FAO (l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture), rencontre aujourd’hui avec Georgia Lambertin. Cheffe d’exploitation, mère de famille, elle est présidente de la Chambre régionale d’agriculture…

L’arboricultrice a choisi de vivre des journées bien remplies avec sa méthode magique : adaptation, écoute et sens des responsabilités. Les pieds toujours ancrés dans ses terres du Comtat Venaissin.

Elle a trouvé une heure, en début de matinée, dans un emploi du temps au millimètre, pour recevoir Bleu Tomate. 

Journée type d’une agricultrice en responsabilité

Les journées commencent tôt et se terminent tard ! Démarrage de 6h à 8h/8h30 sur l’exploitation à Venasque, dans le Vaucluse. 15 hectares de vergers de cerisiers et de pistachiers, du raisin de table et des vignes pour la viticulture. Puis changement de costume, trajet d’une heure quinze environ jusqu’à Aix-en-Provence où, sous sa casquette de présidente de la Chambre régionale d’agriculture, elle enchaîne réunions, déjeuners de travail, rendez-vous et étude des dossiers. Un petit coucou aux enfants et petits-enfants au retour, et à nouveau soins aux cultures, point avec les équipes et gestion des aléas, qui ne manquent pas… Soirée consacrée au courrier concernant l’exploitation, les mandats et la vie privée. Bref, sans une organisation sans faille et un solide sens des priorités, point de salut !

Georgia Lambertin dans les vignes
Le raisin de table est commercialisé à la Coopérative Val de Nesque comme les cerises ©JB

« Plus qu’un combat, le métier d’agricultrice nécessite de grandes capacités d’adaptation. Il faut maîtriser la production, mais aussi la gestion et la santé économique de l’exploitation, sans sacrifier les enfants, explique l’ancienne présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Et si l’on ajoute l’engagement, les mandats »… 

« En faire plus pour être respectée »

Et, dans son cas, le fait aussi d’avoir dû affronter le décès de son mari, chef d’exploitation lui aussi, ce qui l’a laissée seule à la tête du domaine. Alors, même si elle a eu son lot de critiques et d’attaques, en particulier quand elle a pris des responsabilités, elle a toujours fait face, à sa manière. « Dans ses mandats, une femme doit en faire plus, elle est attendue, elle doit travailler davantage les dossiers pour être respectée, témoigne-t-elle, malgré tout sans rancune.

les membres du bureau de la Chambre régionale d'agriculture PACA 2025
Georgia Lambertin entourée des membres du bureau de la Chambre régionale d’agriculture PACA 2025 – ©CRA PACA

Son secret -et peut-être est-il partagé par de nombreuses femmes agricultrices-, c’est une manière de fédérer, de communiquer, d’informer salariés ou collègues, de donner un rôle et d’expliquer pourquoi, enfin de respecter chacune et chacun. « J’ai toujours voulu valoriser ce métier, en faire comprendre les enjeux, faire le lien avec les consommateurs », se souvient celle qui a animé chez elle une « ferme éducative » pendant de nombreuses années.

Agricultrices, le métier autrement

Autre cheval de bataille, le partage des compétences, le travail en commun, encore plus aujourd’hui où le métier est fragilisé. « Au-delà de mon travail dans les terres, j’ai voulu aller à la rencontre des autres, professionnels et citoyens. Nous devons partager nos savoirs, nos compétences, nos expériences, autour de la Méditerranée comme en Europe » développe l’arboricultrice, qui, sans s’afficher féministe, considère que les femmes réfléchissent différemment des hommes, sont davantage « multi-fonctions » et développent plus facilement des stratégies innovantes.

Georgia Lambertin et Annie Genevard, ministre de l'Agriculture en 2025 -©CRA_PACA
Georgia Lambertin avec la Ministre de l’Agriculture en août 2025

Chez les 25% de cheffes d’exploitation de la région, elle constate plus de diversification –dans les cultures, les modes de production ou de commercialisation– mais aussi plus de capacités à trouver des solutions pour l’adaptation des exploitations.

Pour sa part, la responsable agricole affirme toujours rechercher transparence et humilité, sa manière de désamorcer les conflits. Aujourd’hui, même si l’heure de la retraite n’a pas encore sonné, Georgia Lambertin se voit plutôt dans un rôle de transmission, d’abord de l’exploitation à ses deux gendres, puis de recettes de confitures à ses petits-enfants.

Que dire aux jeunes agricultrices ?

Pour les jeunes agricultrices, elle souhaite l’amélioration des statuts et des aides spécifiques, pour la garde d’enfants, l’aide à la maison car, la plupart du temps, les faibles revenus ne leur permettent pas ce type de dépenses. Résultat, elles bénéficient de moins de temps de formation que leurs collègues masculins et hésitent à s’engager dans des mandats où justement elles pourraient faire entendre leurs spécificités.

raisin de table Venasque 84
Le raisin de table bientôt à point pour la récolte ©JB

« Vous faites partie de la transition, l’agriculture doit changer, il faudra de la technicité, plus de professionnalisme, les exhorte la présidente de la Chambre régionale d’agriculture. On ne peut pas dire que les femmes sont l’avenir de l’agriculture, mais il faut assurément prendre en compte leurs compétences et leurs qualités ».

S’épanouir dans toutes ses vies, professionnelle, familiale et au service du collectif, sans jamais perdre le sens des réalités, des responsabilités et la capacité d’écoute. Un projet ambitieux mais qui semble réussir à Georgia Lambertin.

 

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