Comment définir les meilleures manières de partager l’eau d’irrigation dans les Bouches-du-Rhône, à l’avenir ? Le Salon Med’Agri à Avignon, a réuni financeurs, représentants agricoles et usagers autour d’une table ronde pour échanger sur la question.
Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l’Agriculture, tout comme Patrick Lévêque, élu référent Eau à la Chambre Régionale d’Agriculture, partagent la même analyse : la mise à jour de la stratégie régionale au vu du nouveau contexte climatique est une nécessité. Bien que plus résiliente que d’autres, notre Région doit tenir compte des projections établies sur l’état de la ressource et les besoins, aussi bien en eau potable que pour les usages agricoles ou encore industriels.
Des ressources en eau importantes mais à préserver
20% des terres sont irriguées en Région Sud, pour une moyenne nationale de 6,8%. Mais, en valeur, 70% du chiffre d’affaires des agriculteurs est réalisé sur ces zones. Notre système hydraulique est cependant plutôt unique, grâce aux châteaux d’eau que sont le barrage de Serre-Ponçon (Durance) et le lac d’Esparron (Verdon). Une vraie chance pour le territoire.


Des associations d’arrosants depuis le XVIe siècle
Ce sont les ASA/ASP (association syndicale d’arrosants/propriétaires) qui gèrent les « droits d’eau » permettant l’irrigation des terres de basse Durance. Elles assurent ainsi, depuis le XVIe siècle, la mission de transporter l’eau sur un réseau finement maillé jusqu’à la parcelle.
Ainsi que le rappelle la représentante de la FDSH (Fédération Départementale des Structures Hydrauliques des Bouches-du-Rhône), les ASA/ASP sont de plus en plus confrontées à des besoins importants en termes d’investissements, justifiés par la nécessaire modernisation des ouvrages.
Même si la sobriété dans la gestion de la ressource est effective, aussi bien grâce à de nouvelles pratiques qu’à une adaptation des cultures, les besoins sont énormes : les montants nécessaires sont estimés à un peu plus de 8 millions d’euros par an, alors que le potentiel financier n’est que d’environ 1,2 million d’euros.
Mieux répartir la charge financière
La recherche de nouveaux financements et nouveaux partenaires apparaît donc comme une obligation. Il faut savoir qu’aujourd’hui l’entretien des canaux est porté quasi exclusivement par les arrosants. Pour la FDSH, au-delà des nouveaux financements à trouver, il importe aussi de légitimer les services rendus par les canaux. C’est le cas par exemple pour ceux qui alimentent la nappe phréatique de la Crau (à partir de l’irrigation des prairies de foin), ou encore en Camargue pour la limitation des remontées salines, grâce à l’envoi d’eau douce, toujours à partir des canaux.
Priorité à l’union et à la professionnalisation
Le nouveau Schéma Directeur mis en œuvre après la sécheresse de 2022 a pour ambition d’adapter les ASA/ASP dans leur fonctionnement. Cela passera par une montée en compétences, sachant que la plupart des membres sont des bénévoles, mais aussi par une mutualisation des moyens comme par exemple l’union OG4C (Oeuvre générale des 4 communes). Patrick Lévêque confirme que le département a besoin d’ASP fortes pour mener les projets d’investissement, garants de notre souveraineté alimentaire.


Et pour lui, il n’y aura pas une mais plusieurs solutions à combiner entre elles : continuer à mieux gérer la consommation d’eau, favoriser le rechargement des nappes phréatiques –notamment en encourageant la non artificialisation des sols voire leur débitumisation– et le stockage de l’eau.
