Juliet® est la seule pomme bio et 100% française que l’on trouve sur les étals. Née en Provence avec le siècle, du lent travail de quelques pionniers -ils sont aujourd’hui 190 producteurs en France-, elle leur rend bien l’amour qu’ils lui portent. Rencontre avec Gabriel Picca, à Saint-Andiol (13).
Commencée le 8 octobre, la récolte vient de reprendre, après deux jours d’interruption pour cause de fortes pluies. Nous sommes dans le plus ancien verger de Juliet® de l’arboriculteur. Les pommes se récoltent à la main, trop fragiles pour les machines. Même si -grâce à leur peau un peu épaisse- les Juliet® sont assez robustes et craignent moins les coups que d’autres variétés.
Juliet®, la bonne pomme !
« Elles ont bien supporté la canicule aussi, protégées par le feuillage, remarque Gabriel Picca. Première à fleurir, dernière à mûrir, Juliet® prend son temps, ça fait partie de ses qualités ». Quelques pertes, mais beaucoup moins que les 30 et 50% de la Gala par exemple, qui se récolte fin août. Les pommiers, en surchauffe, se sont alors délestés de nombreux fruits pour se protéger. « Si l’on en croit ceux qui nous prévoient le climat de l’Andalousie dans le futur, Juliet® a de l’avenir dans le Sud-Est », pronostique le pommiculteur.


Cinquième génération d’arboriculteur sur le domaine familial, que son père a converti en bio à la fin des années 90, Gabriel -toujours associé à ses parents- cultive 45 hectares de fruitiers : pommes, poires et prunes. Sur les 30 ha de pommiers, 11 sont plantés en Juliet®. Si la récolte 2026 s’annonce de calibre moyen, les volumes sont bons, 40 tonnes à l’hectare dans les vergers anciens, 60 dans les plus jeunes. Les premiers fruits commercialisés se vendent bien, mais c’est souvent le cas, et parfois la demande fléchit ensuite.


Rustique, robuste, Juliet® présente bien d’autres qualités. Résistante à la tavelure, ce champignon grand fléau de la pomme, elle ne craint pas trop le puceron non plus. Juteuse, très sucrée, elle a « un goût de bonbon », sourit Gabriel. Et comme il faut bien lui chercher quelques défauts, le pommiculteur avance le petit pédoncule. Lorsque les fruits poussent en grappe, les plus vaillantes « expulsent » les copines pour se faire de la place. D’où le travail d’éclaircissage rigoureux nécessaire au mois de mai.
Une production maîtrisée
Forte de toutes ses qualités, Juliet® n’a pas la prétention d’envahir le marché. Bien au contraire. La récolte devrait s’établir cette année à 23 000 tonnes, et y demeurer dans les prochaines années. Car la filière a décidé de geler les plantations de nouveaux vergers (seul le remplacement de vieux arbres est autorisé). À titre de comparaison, la production de pommes en France s’élève à 1 million 375 000 tonnes.


L’idée est de bien vendre une production bien conduite, à de bons prix. « Elle nous permet de vivre et de faire des investissements, souligne Gabriel. Le marché se suffit, si on veut éviter la surproduction, il faut adapter la récolte à la demande pour maintenir les prix ». Son verger de Juliet® représente moins d’un quart du domaine, mais 40% de ses revenus. Pour le moment, la jolie pomme rouge permet de compenser la hausse vertigineuse des prix de toutes les fournitures (des étiquettes au gazole en passant par les emballages).
Juliet® 100% bio
Exclusivement bio, la pomme est forcément utile. Premier choix, elle est vendue pour la table. Deuxième choix, elle est transformée en jus, compotes, cidre ou pétillant au sein de la filière par les « Amis de Juliet® » (voir encadré). Quant à celles qui tombent au pied des arbres, Gabriel Picca les broie et les enfouit sur place, elles nourrissent ainsi le sol. Tout comme les moutons qui paissent l’hiver dans les vergers, rasant l’herbe et amendant le sol.


Depuis 20 ans, l’arboriculteur de Saint-Andiol arpente et soigne ses vergers. Un métier passion, affirme-t-il, mais qui devient plus difficile. « Nous ne sommes pas maîtres de la nature, les aléas climatiques compliquent notre tâche. Alors Juliet® nous apporte un peu de gaité » sourit-il. Juliet® semble en effet avoir un avenir dégagé, de bon augure pour ses Roméo.
Les amis de Juliet®
Créée par un pépiniériste du Sud-Ouest et un technicien de la Chambre d’agriculture du Vaucluse, ainsi qu’une vingtaine d’arboriculteurs bio dans les années 2000, la pomme Juliet® est une histoire d’amour et de rigueur. Les pionniers ont voulu une vraie filière, de la pépinière à la vente, avec une marque et un cahier des charges rigoureux.
Aujourd’hui Juliet® est produite uniquement en bio et en France, dans le Sud-Ouest, le Sud-Est et le Val de Loire. Elle a prouvé cet été qu’elle résiste mieux à la canicule que les autres variétés, dont le volume est annoncé en chute de 14% en France.
Sur les 23 000 tonnes attendues, 16 000 sont destinées au marché du frais : français et européen pour 10 000 tonnes, asiatique pour 6 000 tonnes.
L’association « Les amis de Juliet® » née en 2005, regroupe les producteurs qui adhèrent et signent le cahier des charges. La Juliet® cultivée exclusivement en bio, est conditionnée dans une station agréée –il en existe 13 en France– et vendue par trois metteurs en marché.
