La cosmétique s’interroge sur ses impacts

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La cosmétique s’interroge sur ses impacts Bleu Tomate

Un article sur les produits cosmétiques ? Pas si fréquent dans nos colonnes ! Pourtant, la filière est active dans notre région, et les ingrédients de base tels l’olive, l’amande ou la lavande sont bien présents. Mais son impact environnemental n’est pas négligeable.  Zoom sur une filière qui se questionne.

Le 21 mai dernier, COSMED organisait une journée de rencontres à Manosque. L’association (nationale, basée à Aix-en-Provence), regroupe les TPE et PME de la filière cosmétique. Outre les entreprises, étaient présents des experts, des laboratoires, des fournisseurs d’ingrédients et des acteurs institutionnels.

Le programme annoncé, « biodiversité et souveraineté », et le sujet des coproduits avaient tout pour nous plaire. Sans oublier l’accueil prévu dans les locaux de l’Occitane en Provence à Manosque, entreprise emblématique de la filière s’il en est, et engagée dans des démarches éco-responsables sur son territoire.

Huile d’olive et squalane : un exemple de coproduit

Première étape, la visite de l’usine SOPHIM à Peyruis, dont le produit phare est la production de squalane, coproduit réalisé à base de résidus de raffinage d’huile d’olive.

Petite déception : le produit provient essentiellement d’Espagne, la filière française n’étant pas suffisamment importante pour fournir les quantités nécessaires à sa fabrication.

L’objectif de cette production est clair : parvenir à 0% de déchets. Tout au long de notre parcours au sein de l’unité de production, nous assistons à la transformation progressive du produit de base, compact et coloré, au produit fini, transparent et liquide. Les débouchés : la cosmétique bien sûr, avec la promesse d’un produit d’excellence comparable au sébum de la peau, mais aussi la fabrication du bio-diesel. « Au-delà de l’intérêt de notre process de ne produire qu’à partir de coproduit, il est intéressant de noter qu’il n’a recours à aucune ressource en eau. Toute la chaîne de fabrication étant particulièrement optimisée, nous avons établi que nous n’émettons que 6,63 kg de CO² par kilo de produit » nous explique Jacques Margnat, PDG de la société.

Le coproduit, gisement de nouveaux produits ?

Et tout d’abord, qu’appelle-t-on un coproduit ? C’est tout simplement une matière générée à partir d’un processus de production visant à l’origine à élaborer une autre catégorie de produit. Le coproduit n’est pas à proprement parler un déchet, mais trouve un nouvel usage. Il conserve de ce fait une valeur économique qui justifie son utilisation. Le meilleur rendement économique d’une chaîne de production et la limitation de la création de déchets contribuent au développement de cette dynamique. Le potentiel de ce marché est semble-t-il énorme.

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Une assemblée diverse et attentive @PC

La filière cosmétique est optimiste quant à la possibilité de trouver de nouvelles formules issues de coproduits. Une start-up est même spécialisée, grâce à l’IA, dans la recherche de la valeur cachée des coproduits pour définir de nouveaux débouchés. Il s’agit de faire face à l’instabilité des chaînes d’approvisionnement en repensant les modèles, en utilisant notamment des coproduits issus des filières agricoles et agroalimentaires.

Lucidité quant aux impacts de la filière

Une représentant de l’ARBE, présente à cette journée, rappelle cependant combien les entreprises contribuent aux pressions globales sur la nature, qu’il s’agisse par exemple de la surexploitation des ressources ou des pollutions générées par leur activité.

Mathilde Guyader, responsable du service environnement de COSMED nous explique les avancées de la filière. « Il s’agit pour nous d’acculturer les entreprises sur leur impact, de les embarquer vers des solutions à même d’améliorer leurs performances. Nous sommes conscients de notre impact important sur les filières d’approvisionnement ». Elle évoque par exemple les pressions sur la ressource en eau avec les prélèvements associés aux pratiques industrielles ou le choix des espèces variétales exigeantes en besoin d’irrigation. « Nous avons également pour ambition de contribuer activement à la restauration des écosystèmes sur nos sites, que ce soit en termes de désimperméabilisation ou de végétalisation. »

La question des emballages est également majeure dans cette filière, avec des avancées importantes dans leur éco-conception. Le triptyque Réduire, Réemployer, Recycler est pour Mathilde Guyader une réalité. « Depuis 5 ans, la filière est active sur ces sujets d’impacts. C’est en tout état de cause une demande du consommateur : on ne s’intéresse plus au quoi mais au comment ». 

Et l’agriculture provençale dans tout ça ?

La question est posée au représentant de l’Occitane en Provence, avec notamment son implication dans la production locale. Romain Pochet, chef de projet industriel, confirme l’engagement de l’entreprise sur le territoire, en partenariat avec la Chambre d’Agriculture de Vaucluse et Agribio 04. Sa participation à des GIEE (groupement d’intérêt économique et environnemental) regroupant agriculteurs et coopératives, permet de contribuer à entretenir une synergie avec les agriculteurs fournisseurs de la matière première nécessaire à la fabrication des produits l’Occitane (lavande fine, verveine, menthe poivrée…). « Toutes nos matières premières ne proviennent pas du territoire bien sûr, nous nous fournissons dans le monde entier. Mais depuis 2019 nous sommes engagés dans des achats certifiés équitables, avec une dynamique impulsée par l’association dont nous sommes à l’origine, « Agroécologie et Commerce Equitable ». Son ambition : produire en agroécologie, valoriser en équitable, partager en open source. Nous sommes en effet convaincus de la puissance et de la richesse du collectif. »

Sécuriser l’approvisionnement en maintenant l’activité sur le territoire

Les actions concrètes sur le territoire se traduisent en recherche de synergie élevage/agriculture, recherche d’autonomie et de résilience, notamment des sols, mais aussi en création de zones humides ou d’aménagements favorisant le retour de la biodiversité. « Soutenir l’agroécologie n’est pas en soi synonyme de surcoût » complète-t-il. « De fait, grâce à des contrats pluriannuels, des prix équitables couvrant les coûts réels de production et un fonds de développement dédié, les producteurs partenaires sont soutenus pour innover, expérimenter et faire évoluer leurs pratiques, de l’agroforesterie aux cultures de couverture, face au changement climatique ».

On ne peut que se réjouir de toutes ces bonnes intentions, et des actions qui ont d’ores et déjà été mises en place. Pour autant, il est essentiel que, conformément aux engagements, chaque acteur de la filière concrétise sur son lieu de production les actions qui permettront de valider la prise en compte effective de la nécessaire réduction de leurs impacts.

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