Elle a vu le jour précisément à Villes-sur-Auzon. Le village est installé sur les contreforts du Mont-Ventoux, au cœur du Parc naturel régional. La création de cette Réserve récompense près de dix années d’efforts, pour faire reconnaître la richesse écologique de cet espace et organiser sa protection.
Au loin, le Mont-Ventoux exhibe ses flancs dénudés sous le soleil d’avril. Tout près, la forêt de pins et de chênes prend ses aises. Entre les deux, une faille bordée de rochers, c’est la Combe de l’Ermitage, prolongée par celle des Escampeaux. Depuis le 10 avril, ces 253 hectares de nature, où s’épanouissent une flore et une faune exceptionnelles, sont classés en Réserve naturelle régionale.


De l’escalade à la biodiversité
Tout commence en 2018, quand émerge le projet d’aménagement d’un site d’escalade sur les rochers de la Combe de l’Ermitage, « la plus belle combe du village », précise Frédéric Rouet, maire de Villes-sur-Auzon. « Nous voulions faire un site d’escalade écoresponsable, poursuit l’élu. Pour nous assurer de ne pas commettre d’erreurs, nous avons lancé une étude environnementale. »
Le Parc naturel régional du Mont-Ventoux (alors en préfiguration) soutient le diagnostic écologique grâce aux fonds européen Leader. Et les résultats scientifiques confirment les attentes. Le diagnostic révèle une forte biodiversité, notamment des chauves-souris, des rapaces et des plantes dont la Nivéole de Fabre.
Un projet en concertation de A à Z
Les élus décident alors de mettre en place une stratégie à long terme pour préserver ce patrimoine naturel d’exception. Le Parc l’inscrit dans sa charte. Main dans la main, la commune et le Parc montent un dossier pour la création d’une RNR. « Un patrimoine faunistique et floristique exceptionnel comme celui-là, ça parle à tout le monde, constate Frédéric Rouet. Nous avons expliqué le projet de cette réserve, et l’intérêt de conserver un équilibre entre ce patrimoine naturel et les usages. »
Bien au-delà des rochers d’escalade, le dossier porte sur toute la combe de l’Ermitage et sur celle des Escampeaux qui la prolonge et abrite la Genette commune ou encore le Circaète Jean-le-Blanc. La réserve s’étend sur environ 4 km de long et 253 hectares.
Le Parc travaille sur le montage du dossier et la rédaction de l’argumentaire scientifique. Il organise la concertation avec tous les usagers (grimpeurs, chasseurs, bergers, associations environnementales) et finance l’étude.
La Réserve naturelle régionale, outil approprié
L’intérêt d’une réserve naturelle régionale est double pour un tel territoire particulièrement sensible. « Une telle réserve bénéficie à la fois d’un plan de gestion organisé et financé par la Région, mais aussi de mesures de protection accompagnées des moyens pour les faire respecter », explique Anthony Roux, responsable du Pôle biodiversité au Parc naturel régional du Mont-Ventoux.
Le maire de la commune, pour sa part, se réjouit de la finalisation de cette première réserve naturelle régionale dans le département. « Il y aura dans ce lieu un suivi pour les usages, le climat, les espèces. Peut-être y trouvera-t-on une révélation de l’évolution écologique ? Il n’y avait pas de lieu comme celui-là. »
Prochaine étape ? La création d’un comité de gestion où seront représentés tous les usagers, ce qui se traduit par un plan de gestion élaboré avec le PNR et la Région, la nomination d’un conservateur et la mise en place d’un suivi des espèces. Une aventure que Bleu Tomate suivra bien sûr avec le plus grand intérêt !
Villes-sur-Auzon, l’écologique
La commune compte 1350 habitants. Elle s’étend sur 700 ha de plaine et 1800 ha de forêt méditerranéenne (pins, chênes…). Tout près du village, les combes sont un lieu de promenade apprécié. On y trouve un sentier de grande randonnée, un espace VTT et trail, à l’abri de la circulation automobile.
Depuis une dizaine d’années, de nombreuses actions en faveur du climat et de la biodiversité sont conduites dans le village : cimetière entretenu sans produits chimiques (bien avant l’arrêté d’interdiction de 2021), Village Étoilé (réduction des lumières nocturnes), et le titre de capitale régionale de la biodiversité décerné par l’Agence pour la biodiversité (ARBE) en 2019.
La commune participe également à l’initiative portée par le Parc naturel régional du Mont-Ventoux qui recense le patrimoine vernaculaire du territoire, grâce à la participation des habitants. Ici, subsistent en effet de nombreux vestiges de réseaux d’eau et une noria.
