Parmi les actions du Projet alimentaire territorial porté par le Parc naturel régional du Ventoux, « Chausirès » a un double objectif : valoriser les pertes aux champs, aujourd’hui jetées, et distribuer ces fruits et légumes frais et de qualité aux publics précaires. Une initiative exemplaire.
Au bout d’une chaîne de calibrage, 200 kg de cerises tout juste cueillies sont rejetées. Ailleurs des abricots tachetés : refusés ! Ou encore, des salades recalées car leurs feuilles sont trop grandes… Autant de fruits et légumes frais, délicieux et de qualité, mais hors calibre ou biscornus. Ils ne trouvent pas preneur et deviennent des déchets à détruire.
Dans nos villes et nos campagnes, des familles, des personnes âgées, des étudiants en difficulté financière manquent de produits frais et peinent à se nourrir correctement… Face à ce double constat, une action a vu le jour en 2024, dans le cadre du Projet alimentaire territorial du Ventoux. Objectif ? Permettre que ces fruits et légumes promis à la benne parviennent à ceux qui en ont besoin. Simple ? Pas vraiment !
De la coordination naît l’action !
Côté producteurs, le temps manque pour gérer ces dons. Côté structures de distribution, on n’a pas forcément le camion et les bénévoles disponibles. Or, qui dit produit frais dit rapidité d’action. Et puis chaque acteur a ses habitudes et son territoire, sans forcément connaître les autres.
Alors un coordinateur est mis en place. Il a pour mission de relier tous les fils pour que le projet fonctionne. Autrement dit, identifier les acteurs de terrain, leurs jours de disponibilité et leurs moyens de transport. Et puis trouver les lieux et organiser les collectes ainsi que la redistribution. Un savant et délicat mécano qui se met en place peu à peu.
« Des abricots délicieux »
Et les résultats sont là. En 2024, année de rodage, près de cinq tonnes de fruits et légumes sont collectés et redistribués. Aux cerises IGP et raisin de table AOP s’ajoutent abricots, salades, carottes et oignons… En 2025, douze tonnes et de nouveaux légumes : asperges, aubergines, poivrons ou tomates. Certains produits sont transformés en confitures, gelées ou caviar pour les aubergines.
5oo à 600 familles et 150 étudiants aidés, l’équivalent de 24 000 repas distribués, et plein de raisons de se réjouir. « On a un excellent retour sur la qualité des produits, pour le goût et la fraîcheur, remarque Jean-Louis Lerda, le coordinateur. Le public précaire a droit à des produits de qualité. Les associations ne sont pas là pour écouler des produits invendables et sans saveur. »
Une filière solidaire et inventive
Ce qui est parfois le cas des invendus de la grande distribution. Récoltés en fin de journée, après maintes manipulations, ils sont souvent à peine consommables. Autre point positif, la rencontre entre le monde agricole et celui de la solidarité alimentaire, qui ne se connaissaient pas bien. Les animateurs du Parc du Mont-Ventoux organisent des temps d’échanges entre tous. Et même parmi les associations et épiceries solidaires, le projet a permis des synergies fructueuses. « Les structures ont pris l’habitude de coopérer, elles mutualisent les collectes, se dépannent entre elles, elles sont devenues naturellement solidaires », explique Jean-Louis Lerda.
Agriculteurs et expéditeurs qui redoutaient une complication des tâches ont trouvé des solutions, comme le dépôt préalable de caisses. Même si ce n’est pas leur motivation principale, ils peuvent déclarer ces dons et bénéficier d’une réduction fiscale. Sur le territoire du Parc, ils sont entre 30 et 40 producteurs à participer, et environ 15 associations et épiceries solidaires qui redistribuent.
« En 2026, le projet se poursuit »
Et les acteurs voudraient même qu’il se structure davantage et de manière plus efficace. Parmi les pistes, la création d’une application qui offrirait aux acteurs infos rapides et temps gagné sur les tâches administratives. Et la filière ne demande qu’à grandir.
« Les douze tonnes pourraient être multipliées par 30 ou 40, constate le coordinateur, rien que pour les cerises, une quinzaine de producteurs donnent, mais ils sont entre 200 et 250, et certaines filières ne donnent pas encore… »
D’autres développements sont envisagés, comme intégrer à la filière des entreprises ou associations qui transforment les produits, pourquoi pas des ESAT ? Certaines associations travaillent sur des cuisines solidaires. Contact est pris aussi avec des PAT voisins, qui sont intéressés pour dupliquer la démarche ou mutualiser ces services.
Le projet a démontré non seulement son efficacité mais aussi ses potentialités. Sur une exploitation, en moyenne 27% de la production initiale est perdue et 17% est gaspillée (source étude ADEME 2021). Ce qui est aujourd’hui une charge et un gaspillage -mais qui est en fait une ressource alimentaire de qualité- peut faire reculer la précarité alimentaire. Gagnants, la santé, l’environnement, l’économie… Et, cerise (de Venasque, bien sûr) sur le gâteau : des relations de solidarité tissées sur le territoire.
Le Parc du Mont-Ventoux, le PAT et CHAUSIRÈS !
Déclaré « de niveau 2 », autrement dit opérationnel en 2024, le PAT du Ventoux est porté par le Parc naturel régional. Parmi les cinq axes d’actions, l’un s’intitule « Structurer une filière locale et solidaire ». En 2023, le Parc a été lauréat de l’appel à projet du programme national « Mieux manger pour tous », piloté par la DREETS* au niveau régional, avec « Chausirès ! », « Vous choisirez ! ». C’est le cadre du projet présenté plus haut.
Il a l’ambition de créer une filière de qualité avec des produits frais, qui manquent cruellement dans les produits distribués aux publics en précarité alimentaire. « On a eu de belles retombées, constate Lise Collin, responsable du Pôle Tourisme et Agriculture au Parc du Mont-Ventoux, les épiceries solidaires étaient satisfaites d’avoir beaucoup de fruits et légumes tels que abricots, raisin de table, cerises, oignons, asperges et de bonne qualité ».
En 2026, le Parc va continuer à financer et accompagner le coordinateur, organiser des rencontres entre les acteurs mais aussi les PAT voisins et chercher de nouveaux financements. « Le Parc a pour vocation d’impulser des choses, pas nécessairement de les porter dans la durée » confie la responsable. La suite logique serait qu’un ou des acteurs s’emparent du projet et le poursuivent.
*Direction Régionale de l’Économie, de l’Emploi, du Travail et des Solidarités
REGAL’im le réseau régional
« L’action du Parc du Mont-Ventoux est exemplaire car elle propose des solutions ultra-locales sur les invendus agricoles de produits frais, produits pour lesquels on constate beaucoup de pertes et de gros gisements, précise Manon Pulliat, coordinatrice du réseau REGAL’im. Et avoir une personne en coordination qui fait le lien entre producteurs et associations est une bonne manière de faire ».
Créé en 2019 en PACA (après Aquitaine en 2013 et Normandie en 2014), le Réseau Régional pour Eviter le Gaspillage Alimentaire est financé par la DRAAF (pour l’alimentation durable), l’ADEME (pour la réduction des gaz à effet de serre – GES) et par la Région Sud (pour la réduction des déchets).
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Le REGAL’im travaille aussi de concert avec le réseau Prec’Alim (réseau régional de lutte contre la précarité alimentaire) pour mieux diriger les dons de produits frais sauvés du gaspillage vers les personnes en situation de précarité alimentaire ». Prec’Alim est financé par la DREETS.
Fédérer, (in)former, communiquer
Pour y parvenir, le réseau fédère les actions contre le gaspillage alimentaire (organisation de rencontres, invitation à penser des projets collectifs, facilitation des échanges). Il met en lumière ces actions menées en région et accompagne les acteurs sur le plan technique (infos, conseils, données, formations, webinaires…)
Au mois d’avril, tous les membres se rencontrent pour une journée d’information, d’échanges et de travail collectif.
En 2026, l’un des axes d’action du REGAL’im est la question de la réduction des pertes agricoles. Une enquête a été conduite auprès du terrain. Quelles solutions fonctionnent, pour quel type de surplus ? Quelles actions peuvent-elles être mutualisées ? Comment mieux informer sur ce sujet complexe mais porteur d’enjeux et d’avancées ? Le REGAL’im va continuer à appuyer les actions et notamment auprès des PAT et des Groupes d’Action Locale (GAL) qui travaillent déjà sur ce sujet agricole.
Consultez ici le lien vers le Panorama régional des initiatives antigaspi, publié en septembre 2025. Il est édité chaque année et présente les actions menées par les membres du réseau.
Pour joindre les animatrices :
Manon Pulliat
Animatrice du REGAL’im
Réseau régional pour éviter les pertes et le gaspillage alimentaire
Chargée de Mission Economie Circulaire
mpulliat@sud.lacoopagri.coop
Sandrine Faure-Zattarin
Chargée de mission appui et animation du Réseau PREC’Alim,
Réseau régional de lutte contre la précarité alimentaire
sandrine.faure-zarattin@orange.fr
