Comment préserver le sol lorsqu’on renouvelle une plantation ? Pour avancer sur la question, rendez-vous était donné à Lagnes le 21 janvier, aux agriculteurs qui suivent le parcours « Sols vivants », proposé par le Parc naturel régional du Mont-Ventoux. Une action inscrite dans le projet méditerranéen de coopération, RES-MAB.
Se former, coopérer, expérimenter, découvrir des pratiques exemplaires… Luc, Pierre, Edouard et les autres y sont prêts ! Viticulteurs et arboriculteurs installés dans le territoire du Parc naturel régional du Mont-Ventoux, ils sont à la recherche de solutions aux défis que pose le changement climatique à leurs pratiques culturales et notamment la gestion des sols.
Arboriculteurs et viticulteurs
Luc Rogier cultive 20 hectares de vigne à Mazan et quelques arbres fruitiers. Il pratique les couverts végétaux depuis plus de 10 ans, mais se heurte encore à des difficultés. « J’ai des problèmes de chiendent et de compaction », explique-t-il à ses pairs. C’est l’un des intérêts de la démarche : ne pas rester isolé mais partager pour avancer.
Édouard Marchesi, lui aussi de Mazan, est viticulteur bio. Il cultive des oliviers et propose des gîtes. « Je remets en question toutes mes pratiques, en agronomie comme en vinification ou en gestion. Je me demande si je fais bien, et surtout si je peux faire mieux, en économisant ou simplement travailler autrement ».
Sols vivants à préserver
C’est pour trouver, auprès de leurs collègues, des pratiques inspirantes, que les agriculteurs visitent ce matin le domaine de Clément Bon, à Lagnes. 25 ha de cerises destinées à l’industrie, et des oliviers ainsi qu’une centaine de ruches. Il vient d’arracher des parcelles de cerisiers pour planter des amandiers, sur environ 2 ha. Question : comment éviter de perturber le sol à cette occasion par le défonçage (labour profond) ?
Karim Riman, consultant en agroécologie spécialisé dans les sols -et viticulteur bio lui-même sur la commune- insiste sur l’intérêt de ne pas retourner le sol en profondeur, quand cela est possible (notamment si l’ancien verger n’est pas malade).
« Sur cette parcelle, nous avons arraché les arbres et sorti toutes les racines avec un godet cribleur, puis passé une sous-soleuse qui ne retourne pas le sol mais le décompacte en profondeur, constate le consultant. On lui a laissé le temps de se régénérer avec les couverts végétaux ».
Puis l’agriculteur a semé début septembre un mélange de fabacées (féverole, pois fourrager et vesce) et de poacées (seigle et avoine). Avant de planter ses fruitiers en décembre, il a broyé ce couvert uniquement sur la ligne de plantation et l’a incorporé en surface. Il a gardé le reste de la parcelle enherbé.
Les couverts c’est bien, mais pas si simple
L’intérêt des couverts végétaux n’est plus à démontrer : lutte contre l’érosion, protection du sol contre la sécheresse, rôle d’usine à biomasse et donc à nourriture pour la plante et les êtres vivants du sol, absorption de carbone et d’azote, réduction de l’utilisation d’herbicides…
Pour autant, tous les agriculteurs tâtonnent car chaque parcelle, avec ses caractéristiques (nature du sol, vent, hydrologie, etc…) appelle des pratiques spécifiques. Alors couverts végétaux (et quelles graines choisir ?) ou enherbement naturel ? Broyer et incorporer ou simplement coucher l’herbe ? Re-semer dedans ou non ? Laisser l’enherbement partout ou seulement un rang sur deux ? Et quand intervenir ?
Pas à pas, les agri-explorateurs progressent, à coup d’expérimentations et de beaucoup de partages. « Aujourd’hui, on voit que deux systèmes se complètent, les couverts de septembre à avril, et la vigne de mai à septembre. Ils s’imbriquent dans le temps » constate Frédéric Busi. Ce viticulteur et arboriculteur à Caseneuve est également président de l’association ADAEL (Association pour le développement de l’AgroEcologie en Luberon) qui œuvre au développement des couverts végétaux.
Au début de ce parcours de formation, les participants ont bénéficié d’analyses de sols gratuites. À eux maintenant de construire chacun leur projet. À l’issue du parcours, ils le mettront en place chez eux, avec le soutien financier du projet RESMAB. Une dynamique collective, ancrée dans le réel, pour avancer vers des pratiques plus résilientes, à partir de ce qui compte le plus : un sol vivant !
RES-MAB
Le projet « RESilience-Man And Biosphere » s’attaque aux défis urgents posés par le changement climatique en Méditerranée. Il s’intéresse aux Réserves de biosphère désignées par l’UNESCO. Sept sites du pourtour méditerranéen, dont la réserve du Mont-Ventoux, ont été choisis pour devenir des « laboratoires vivants ». (Lire ici l’article de Bleu Tomate).
Pratiques innovantes et tests sont en cours. Parmi les thématiques, l’eau, l’énergie ou les écosystèmes. Le dispositif d’accompagnement des agriculteurs présenté ci-dessus a été mis sur pied dans ce cadre, par le Parc naturel régional du Mont-Ventoux et l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG) AOC Ventoux. Le Campus Provence Ventoux est également partenaire avec les consultants. Outre le parcours sur les couverts, un autre sur la biodiversité sera mis en place au printemps.
L’AOC Ventoux
Lancée en 2021, l’Appellation travaille sur les couverts végétaux, mais aussi sur la mise en place d’une filière d’approvisionnement de semences paysannes pour les couverts végétaux, ou encore sur la question du réemploi des bouteilles. Autre thématique, celle de l’encépagement, avec une réflexion en cours sur une modification du cahier des charges de l’AOC (afin d’y intégrer de nouveaux cépages).
Sur son territoire, l’AOC Ventoux compte 80% de ses sols couverts, autour de 40% avec un maintien de l’enherbement à l’année.
