Ici un lavoir, là un jas, là-bas des terrasses… Oubliés, abîmés ou restaurés, ces témoins du passé racontent un art de vivre dont nous pourrions nous inspirer. Pour recenser ce patrimoine, le Parc naturel régional du Mont-Ventoux compte sur des citoyens et des associations. Le recensement est participatif.
Cinquante personnes ont répondu à l’appel du Parc, ce samedi de janvier. Une quinzaine de communes sont représentées, des élus, des associations de sauvegarde du patrimoine et de simples citoyens, toutes et tous passionnés. Trois rencontres sont prévues pour informer et former tout le monde à la méthode.
Conserver, valoriser et transmettre
Car le projet est ambitieux. Il se déroulera sur deux ans et demi, grâce à un financement de l’Europe et de la région Sud Provence Alpes Côte d’Azur. L’enjeu : entrer dans la base de données des neuf parcs de la région, la SIT (Système d’Information Territorial), chaque édifice ou ensemble bâti que les « collecteurs » souhaiteront recenser. En respectant évidemment un protocole précis et exigeant.


« Cette action nous permettra de travailler de manière plus rationnelle, de nous coordonner, de savoir de quoi on parle, se réjouit Romain Dethes, conseiller municipal à Bédoin et membre de l’association Mémoires de Bédoin et du Ventoux. On va gagner en compétences ».
Jas, fontaines, mas, moulins sont présents sur la commune. « Cela va contribuer à la protection du patrimoine et peut servir aux décisions en matière d’urbanisme », ajoute Dominique Vissecq, adjointe au patrimoine et à la culture à Bédoin.
Rigueur et motivation
Après les présentations d’usage, bien utiles pour faire connaissance et créer un réseau, les participants ouvrent leurs ordinateurs. Ils vont se connecter à la base de données et se familiariser avec la fiche de saisie. Même si l’outil paraît complexe au premier abord, chacun s’accorde sur son intérêt.
Les éléments du bâti ancien seront géolocalisés précisément et intégrés sous une même dénomination (une dizaine de typologies sont proposées, comme agricole et pastoral, commercial, hydraulique ou religieux). Ce patrimoine bâti du quotidien -édifié entre le Ve siècle et 1995- , dit vernaculaire* sera ainsi identifié, homogénéisé, sécurisé et valorisé.
30 mois pour agir
« Les fiches sont longues à remplir, on va faire pour le mieux, admet Jean-Jacques Allias, membre de l’Association des Amis de Mallemort Escandihado (AME), mais c’est un super outil, quand ce sera fini, ce sera super ! ».
Romain Dethes prévoit lui une réunion dans la commune pour coordonner les actions de tous les acteurs engagés. « C’est un sacré travail ! Mais on est tous ravis de valoriser le patrimoine du village, on y est tous attachés ».
Pas inquiet devant l’ampleur de la tâche, il se dit rassuré par l’accompagnement de l’équipe du Parc. « On aura 30 mois pour agir, et puis on ne sera pas seuls. On apprend plein de choses. Aujourd’hui, j’ai rencontré beaucoup d’associations que je ne connaissais pas ».
Patrimoine hydraulique
Sur le territoire du Ventoux, dans le bâti ancien agricole, on trouve de nombreux mas, bastides, et cabanes et pour l’hydraulique, fontaines, lavoirs et mines d’eau (ou galeries drainantes). Ces dernières sont très nombreuses dans les villages.
« On va travailler beaucoup sur les terrasses et les mines d’eau. Elles utilisent les eaux d’écoulement, c’est un lien super important avec la problématique de l’eau au Ventoux. On va les redécouvrir et pourquoi pas les remettre en état » explique Laurence Veillard, chargée de mission Éducation et Patrimoine au Parc naturel régional du Mont-Ventoux.
À l’heure du changement climatique et de la question des ressources (eau-biodiversité), la redécouverte des pratiques ancestrales – et pourquoi pas leur réappropriation – semble un enjeu d’avenir. « Transmettre, mettre en perspective tout ce qui a été fait avant, ça nous rend modestes, constate Romain Dethes. Par exemple, les anciens prêtaient une grande attention à l’eau, ils savaient que c’est une denrée rare, nous on a oublié, elle coule au robinet ! »
Un patrimoine d’avenir
Même réflexion chez Jean-Jacques Allias qui remonte en ce moment des restanques avec son association AME. « Ça permet de voir la vie des gens il y a 100 ans, quand tout était cultivé, les oliviers étaient présents au lieu de friches. Les terrasses étaient faites aussi pour retenir l’eau. On peut faire venir les écoles, expliquer le passé et voir ce qu’il faudrait éviter de faire aujourd’hui. »
Sophie Piot, historienne de l’architecture et de patrimoine impliquée dans le projet en convient. « L’intérêt c’est de recréer du lien avec notre passé, les anciens avaient tout compris par rapport aux ressources naturelles, on a beaucoup à apprendre des techniques traditionnelles pour revenir à une écologie de bon sens ».
Avec le recensement du petit patrimoine bâti, les acteurs du Parc ne veulent pas seulement se souvenir. Ils préparent sans doute un avenir meilleur.
* Le patrimoine vernaculaire désigne les éléments caractéristiques d’une culture locale, les constructions traditionnelles réalisées avec des matériaux locaux, selon des techniques ancestrales propres à chaque région (source Portail du patrimoine)
