Chez Bleu Tomate, quand nous parlons de transhumance c’est plutôt le déplacement saisonnier des troupeaux qui nous vient en tête. Pourtant les associations Serres Lez’Arts (Serres-05), Grandeur Nature (Savoillans-84) et Causes au Balcons (St Julien en Vercors 26) proposent une nouvelle vision : une itinérance du sensible qui relie le Ventoux au Briançonnais, en passant par les Baronnies et le Vercors.
La transhumance, une définition à géométrie variable ?
Et si la transhumance n’était plus seulement une affaire de troupeaux ? C’est la vision du programme de résidence “Les Transhumances Artistiques”, un projet qui redéfinit notre manière de découvrir le patrimoine naturel en laissant place au sensible. Rencontre avec Jules Praud, Président de Serre Les Z’Arts, l’une des associations à l’origine du concept.
L’idée est née en 2017 d’une volonté de mettre en lien les artistes et les habitants du territoire et de faire vivre la montagne en toutes saisons. Et les expositions de Serre les Z’Arts le démontrent bien avec le projet fondateur de l’association qui se déroule en septembre donc lors de la rentrée scolaire, là où la fréquentation massive n’est pas et ne sera jamais l’objectif.
Pour Jules Praud, l’association qu’il préside ne se contente pas de poser des œuvres en pleine nature : “ Le pari n’est pas uniquement une transhumance des artistes ou des structures culturelles, mais c’est aussi une invitation pour que les habitants redécouvrent leur patrimoine et leur territoire, parfois surfréquentés.” Aujourd’hui ce collectif a développé 5 lieux de résidence dans le massif alpin et a le soutien de structures tel que la DRAAC, la Région Sud, la Préfecture, et les financements LEADER (Gal Ventoux, Sisteronais Buech, Briançonnais).
Un développement hors saison oui mais raisonné
Si ces résidences participent à l’économie de la montagne, elles ont d’abord été pensées par et pour les habitants avant même d’être destinées aux touristes. L’objectif est avant tout de travailler sur cette carte de l’éco-tourisme culturel. Le cahier des charges des participants implique en effet de s’adapter aux spécificités alpines en utilisant des ressources naturelles. “Le land-art qu’on a connu dans les années 80 avec du plastique dans la forêt, c’est terminé”, précise Jules. Selon lui, l’objectif est que “tous ceux qui découvrent le sentier, puissent aussi redécouvrir le paysage et le patrimoine à travers le regard de l’artiste.” C’est pourquoi, les candidats s’immergent une semaine sur le terrain avant de proposer des projets ancrés dans le tissu local, validés par un comité mêlant mairies, Parcs naturels régionaux (Ventoux, Baronnies), habitants, institutions…
Le pari politique d’une montagne vivante toute l’année
À travers ce dossier montagne une question est souvent revenue : la montagne en 2050 ? Pour le collectif, la réponse est claire : “cette résidence est un sujet politique, faire bouger les lignes, se faire choisir face à un canon de neige quand la majorité des financements sont tournés vers les stations ; il est là le réel enjeu. Le projet des Transhumances Artistiques n’est d’ailleurs pas sur des lignes bugétaires culturelles mais bien sur le développement et la diversification touristique. Ce qui nous permet d’embarquer des élus qui de prime abord n’ont pas d’appétence pour les projets culturels.”
Forte de son succès, cette proposition d’eco-tourisme culturel tend à s’amplifier et à élargir son territoire. De nombreux projets sont en cours, notamment des coopérations Interreg avec l’Italie et la Savoie qui se dessineraient pour 2027 mais aussi des programmes Erasmus+ avec la Hongrie. Le projet a également réussi à interpeller des stations de ski qui souhaitent se réinventer. Des transhumances artistiques à suivre ou à découvrir.
