Dans le cadre de notre dossier sur « l’année internationale des agricultrices », proclamée en 2026 par la FAO (l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture), rencontre aujourd’hui avec une maraîchère du Vaucluse. Solange Follet cultive avec bonheur légumes et liens avec ceux qu’elle nourrit.
Ce mercredi de juillet, quand nous la retrouvons, Solange est en vacances pour deux semaines. Elle revient d’une balade au bord de la Durance toute proche de la ferme, située à Villelaure, avec sa fille de quinze mois et d’autres enfants. Cinq semaines de congés par an, des week-ends, pas plus de 45h de travail hebdomadaire même en saison et un salaire équivalent au SMIC, c’est l’organisation qu’elle a su mettre en place ces dernières années. En 2015, elle a repris la ferme familiale bio. En 2023, elle a créé un GAEC avec une maraîchère associée.
Écoféminisme et agriculture
Travailler mieux, plutôt que travailler plus, préférer l’ergonomie et le confort des tâches à la recherche du gain de temps, partager le travail plutôt que jouer la concurrence et la compétition : les femmes auraient-elles une autre façon d’aborder l’agriculture que les hommes ?
« L’agriculture peut être aliénante, si on s’inscrit dans une vision masculiniste, mais elle peut aussi être un espace d’émancipation précise la maraîchère. Au fil des générations, et dans le monde entier, des agricultrices ont cherché à préserver l’environnement, à moins détruire et accordé plus de soin à la transmission familiale… »


Une vision de l’écoféminisme – ce concept qui dénonce et lie l’exploitation des femmes et de la nature par un système dominant- que Solange applique à l’agriculture. Pas une histoire d’individus, mais de politique globale.
« L’agriculture, c’est ce que je savais faire et ce que j’avais envie de faire », a constaté l’agricultrice après des études dans les Arts vivants et des voyages qui l’ont ramenée à la ferme familiale.
« Nourrir, ce n’est pas rien »
Pour Solange Follet, la conception de son métier d’agricultrice repose sur le triptyque maraîchage-bio-AMAP. Créée en 2004, l’AMAP* Maras des Bois compte une petite centaine de familles de Villelaure et Pertuis, qui consomme 70% de la production de la Ferme de la Grande Bastide. Au fil des ans, un lien fort s’est créé entre celle qui nourrit, par son travail, avec de bons produits et les consommateurs. « Je ne me verrais pas dans une autre agriculture que nourricière, tranche -t-elle. Ce n’est pas rien d’être une paysanne de famille, comme on parle de médecin de famille. »


Alors, oui, aux yeux de la maraîchère, si les femmes doivent livrer un combat pour être reconnues dans le milieu agricole, ce n’est pas pour se faire une place dans une agriculture qui exploite les gens et la terre, mais pour un modèle où on peut être heureux dans son travail, même si on a chaud, froid ou mal au dos ! Et cela vaut aussi bien pour les agriculteurs que pour les agricultrices.
Agricultrices solidaires
Ceci affirmé, Solange Follet a bien conscience que les femmes n’ont pas la partie facile au quotidien. Quand les résultats ne sont pas au rendez-vous, elle a parfois entendu des remarques narquoises de la part de collègues. Et pas de félicitations mais plutôt de l’étonnement, dans le cas contraire…
Et encore elle a travaillé les cinq premières années en tant que célibataire et sans enfants, sur une ferme qui tournait déjà. Pour les agricultrices qui démarrent une activité, sur une petite surface et mettront du temps à s’en sortir, la situation est souvent bien plus difficile, face au regard masculin.


Alors Solange Follet a participé à des groupes non mixtes, au sein de la Confédération Paysanne, et s’est engagée au CIVAM. Des rencontres et des échanges enrichissants où la parole des agricultrices se libère plus facilement et est accueillie sans jugement. Aujourd’hui, après dix années de labeur où elle estime avoir fait ses preuves, avec son compagnon et sa petite fille, elle a décidé d’un rythme de travail moins intense. L’envie et le besoin de se préserver, la retraite est encore loin, sourit-elle.
Année internationale, oui mais des moyens
Quant à l’année internationale des agricultrices, Solange la voit plutôt d’un bon œil. « On n’a pas tant que ça l’occasion de parler de nous, il faut en profiter, affirme-t-elle. Mais il faudrait aussi que des décisions soient prises, et qu’on donne des moyens à l’agriculture pour qu’elle évolue, ainsi qu’à la question environnementale. Pour moi, c’est la priorité, avant l’intelligence artificielle ou la défense ».
Rêvons un peu : Ministre de l’agriculture, quelles mesures prendrait-elle ? Une aide significative aux candidates et candidats à l’installation, surtout s’ils sont hors cadre familial et face à davantage d’obstacles. Et la mise en place d’un « service agricole », sur le modèle du service civique, pour toutes et tous. Histoire de rattacher chacun à la terre et au vivant. De plus, remarque la maraîchère, le métier touche à tout. Biologie, math, chimie, gestion, alimentation et cuisine, histoire ou sociologie.


À la question « la femme est-elle l’avenir de l’agriculture ? », Solange Follet répond dans un grand éclat de rire : « Oui, aucun doute là-dessus », avant de rectifier : « c’est une politique écoféministe portée par des femmes et des hommes qui est l’avenir de l’agriculture ». Et de constater que le combat n’est pas gagné. Mais c’est pour elle celui qu’il faut mener.
*Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne
