Atout emblématique de la gastronomie provençale, l’ail a trouvé à Piolenc, dans le nord Vaucluse, le terroir idéal pour épanouir ses formes généreuses, son parfum robuste et son goût puissant. Pour distinguer cet ail savoureux de la concurrence, les producteurs demandent une Appellation d’Origine Contrôlée.
Ce 22 mai, dans l’entrepôt couvert de panneaux solaires de Benjamin Favalier, chacune et chacun est à sa tâche. On est en plein récolte -elle dure une quinzaine de jours- et il ne faut pas perdre de temps pour trier et conditionner l’ail. « En septembre/octobre, on plante chaque gousse à la main et dans le bon sens, explique le producteur. Elles poussent alors bien droit, de façon homogène et la récolte est de meilleure qualité ».
Sur 20 hectares et avec 200 tonnes par an, l’ail est la principale culture de Benjamin, qui représente la 4e génération sur la ferme. Mais il produit aussi des tomates « conserve », des céréales et fait un peu de viticulture.
Un terroir de qualité
Le soleil, le mistral -qui assainit la culture et limite les ravageurs- et un sol limoneux grâce aux dépôts conjugués du Rhône et de l’Aygues : voilà les bonnes fées qui constituent le terroir exceptionnel de l’ail de Piolenc. Installés dans cette plaine alluviale, sur six communes autour de Piolenc, huit agriculteurs ont créé l’Association des producteurs d’ail de Piolenc. Sur cette aire, l’ail occupe une centaine d’hectares et donne 500 à 600 tonnes par an.
Le Vaucluse est le 5e département pour la production d’ail, avec 1 200 tonnes. La France en affiche plus de 30 000 tonnes (source France Agrimer). « Récolté à maturité, l’ail de Piolenc a une forte teneur en sucre et un gros calibre, argumente Benjamin Favalier, qui est aussi le président de l’association. Le bassin de Piolenc produit 2/3 de son ail frais et 1/3 sec. L’ail violet frais est idéal pour l’aïoli, les salades et les marinades. Pour les cuissons longues, mieux vaut l’ail sec ».
Pour une Appellation d’Origine Contrôlée
On l’aura compris, l’ail de Piolenc joue la qualité, quand les importations de Chine, d’Égypte ou d’Argentine misent sur la quantité, d’où la nécessité pour les producteurs de valoriser leurs gousses. Quoi de mieux alors qu’une Appellation d’Origine Contrôlée ? Le dossier est engagé auprès de l’INAO depuis 2016 et devrait aboutir dans les deux ans. L’ail est d’ailleurs le produit le plus labellisé en France (pas moins de six signes de qualité, quatre IGP, une AOP et un Label Rouge).
« On en attend une reconnaissance officielle de notre savoir-faire, enraciné dans une forte tradition locale. Et bien sûr une valorisation de notre produit, poursuit Benjamin. L’enjeu pour la filière est que les consommateurs achètent de l’ail français ».
Un ail qui gagne à être connu
L’ail de Piolenc représente aujourd’hui un secteur dynamique, un peu à contre-courant de la tendance générale en agriculture. Mais il nécessite technicité et investissements et n’échappe pas au changement climatique. Hivers moins froids, moins de gel, précipitations par à-coups, hausse des températures… la récolte commence désormais une dizaine de jours plus tôt.
Pas de quoi entamer le moral des producteurs. « On est très fiers de ce travail, un savoir-faire transmis à travers le temps, dans un bassin où cette culture est présente depuis longtemps. Ici, nous sommes dans le bassin le plus précoce de toute la France. Et l’ail est quand même le produit phare de la gastronomie provençale », conclut le producteur dans un clin d’œil.
Le 7 juin, Piolenc fêtera l’ail nouveau à grand renfort d’ateliers culinaires, de jeux et de dégustations. Le public, attendu en nombre, pourra s’approvisionner sur le petit marché et découvrir les traditions et savoir-faire autour de l’ail de Piolenc.
Planète Terroirs défend l’ail de Piolenc
L’association est née en 2003 et compte entre 30 et 40 membres actifs. Son objectif ? « Montrer que le terroir, vu de la parcelle à l’assiette, peut être un outil de développement durable, contrairement à la vision d’une agriculture mondialisée».
Ainsi s’exprime Éric Barraud, son président. Et d’ajouter « chaque terroir a ses ressources propres qu’il lui faut activer et valoriser ». Planète Terroirs travaille avec des réseaux locaux dans le sud de la France mais aussi avec le Maroc, le Liban, la Tunisie ou l’Algérie et la Hongrie. Elle soutient les acteurs dans leurs dossiers d’obtention de signes de qualité -c’est le cas pour l’AOP ail de Piolenc- mais aussi dans des démarches locales de mise en valeur des territoires.
Un accompagnement humain
L’association organise des rencontres entre les différents acteurs locaux (qu’ils soient agriculteurs, élus, professionnels du tourisme, chefs cuisiniers ou représentants associatifs…), des visites de terrain et des partages d’expériences, mais aussi des événements festifs pour faire connaître les produits et savoir-faire des terroirs. Elle accompagne ainsi les habitants pour qu’ils mènent à bien leurs propres projets émanant des territoires.
« Des projets qui ne concernent pas que l’agriculture mais toute la société, de manière transversale, poursuit Éric Barraud. À ce titre, les signes de qualité sont un outil que le territoire doit saisir pour se valoriser, car derrière il y a un savoir-faire, des compétences, des traditions… ». À l’arrivée, on crée de la valeur économique pour maintenir les populations sur leur territoire.
Forte de cette expérience acquise au fil des années, Planète Terroirs mûrit un nouveau projet : la création de « chemins de terroirs ». Autrement dit, des itinéraires de développement des territoires ruraux, une méthodologie pour aider les terroirs à se développer, à partir d’outils déjà bien maîtrisés : diagnostic-formation-signes de qualité-entretiens-événements festifs… Le projet, qui s’inscrirait dans le programme européen Erasmus+, attend une réponse favorable d’ici l’été, avec un financement à la clé. Bleu Tomate ne manquera pas de vous en donner des nouvelles !
