S'aime la terre, la ferme sociale et solidaire

A Pernes-les-Fontaines (84), Anatoth, une épicerie sociale et solidaire crée une ferme bio. Objectif ? Approvisionner les bénéficiaires en fruits et légumes frais, locaux et de saison. L’action s’inscrit parfaitement dans le Projet Alimentaire Territorial du département et du Parc du Ventoux.

25 ans déjà que l’association Anatoth vient en aide à des personnes précaires grâce à l’épicerie sociale et solidaire. Denrées alimentaires mais aussi produits d’hygiène sont vendus pour un prix minime. Ils proviennent principalement de dons et d’achats pour une petite part.

Anatoth a créé S'aime la Terre

L’épicerie sociale et solidaire créée par l’association à Pernes-les-Fontaines ©Anatoth

Un approvisionnement que les membres de l’association souhaitaient sécuriser. La crise du Covid 19 –accompagnée simultanément de la baisse des dons et de l’augmentation du nombre de personnes dans le besoin- leur a permis de franchir le pas. Le projet qu’ils avaient en tête a pris corps.

Naissance de S’aime la terre

En 2021, Anatoth achète, sur la commune de Pernes, une ferme et un hectare et demi de terres en friche depuis 10 ans. L’agrément bio Ecocert est donc aussitôt obtenu pour les futurs légumes.

Dans la foulée, l’association recrute une jeune maraîchère, tout juste diplômée en AB. « Ce qui m’a plu, explique Loena Bautista, c’est le projet social ! Même si c’est une belle opportunité pour moi de prendre en charge un terrain comme celui-là. Mais ici il ne s’agit pas seulement d’agriculture, et ce beau projet me convient tout-à-fait ».

S'aime la Terre produit des légumes de saison

Sous la serre paillée pour nourrir le sol et garder l’humidité, courgettes et salades poussent encore ©JB

Un projet bio et agroforestier

Soutenue par les bénévoles d’Anatoth, Loena s’appuie aussi sur les précieux conseils d’autres agroforestiers voisins. Un hangar et des serres sont installés, les parcelles structurées. Premier souci, pour tout agriculteur bio, celui de la qualité du sol. Après un décompactage du sol, gagné par le chiendent et le liseron, il reçoit du compost végétal, bientôt du fumier, du paillage… Les parcelles bénéficient de l’eau du canal.

Au printemps 2022, la ferme a commencé à produire. 2 tonnes et demi de légumes récoltés pour cette première année. « L’avantage, précise François Vachet, chargé du projet « S’aime la terre », c’est de pouvoir fournir des légumes locaux, de saison et frais. Tous les produits de la ferme seront mis à disposition des bénéficiaires ».

Loena Bautista la maraîchère et François Vachet, chargé du projet S'aime la Terre pour l'association Anatoth présentent la ferme

Loena Bautista la maraîchère et François Vachet, chargé du projet S’aime la Terre pour l’association Anatoth ©JB

Un projet bien accompagné

L’installation a bénéficié des fonds européens LEADER et reçu le soutien du département de Vaucluse. La collectivité développe elle-même un Projet Alimentaire Territorial sur la précarité alimentaire et l’éducation à une alimentation de qualité. Autre « parrain », le Parc naturel régional du Ventoux qui met en place son PAT  également. Parmi les actions prévues, des fruits et légumes frais  accessibles à tous.

Un projet multiple

Pour Anatoth, les objectifs de S’aime la terre sont nombreux. Outre la volonté d’atteindre l’autonomie en fruits et légumes, il s’agira aussi de sensibiliser bénévoles et bénéficiaires à l’intérêt d’une agriculture et d’une alimentation de qualité.

S'aime la Terre pour alimenter les personnes en précarité

Poivrons, aubergines et poireaux sont destinés aux personnes en précarité ©JB

Ainsi des ateliers seront mis en place avec le soutien de l’Université Populaire du Ventoux (UPV). Au programme, visites de la ferme, ateliers composts ou fabrication de nichoirs à oiseaux… Et les projets ne manquent pas, comme celui –porté par le Biocoop de Carpentras-de semer des bandes fleuries sur les parcelles, pour favoriser la présence de pollinisateurs.

Apprendre en avançant

« Nous sommes un projet pilote, poursuit François Vachet. On va apprendre les uns des autres et peut-être servirons-nous d’exemples pour d’autres initiatives ».

Anatoth porte S'aime la Terre

Anatoth porte le projet de ferme bio sociale et solidaire ©JB

Bientôt, des arbres fruitiers seront plantés sur les parcelles, aux côtés des légumes. Une aire de compostage se trouve sur la ferme, alimentée par les surplus de l’épicerie. Sur un autre hectare, prêté par une autre agricultrice, des pois chiches ont été semés et récoltés. Une belle aventure agricole et humaine est en marche.

Anatoth

Née au sein d’une église protestante il y a 25 ans, l’épicerie sociale et solidaire vient en aide aujourd’hui à 3500 personnes et 135 familles. Elle compte 16 salarié.es et 70 bénévoles.

Anatoth et ses salariés

L’équipe de salariés d’Anatoth ©Anatoth

96% des produits distribués proviennent de dons, 3% de la Banque Alimentaire et 1% d’achats. Au-delà de l’alimentation, Anatoth met également les bénéficiaires qui en ont besoin en relation avec les services sociaux.

Tous les fruits et légumes, vendus à 0.70€ le kg, sont bio. A l’épicerie, contrairement aux associations qui distribuent des colis gratuitement, les bénéficiaires paient pour leurs achats –question de dignité-, mais une somme très modique.

Le PAT du PNR

Lancé en 2021, il avance rapidement. Le diagnostic posé sera soumis le 4 novembre prochain au Comité de pilotage. Viendra ensuite une phase de concertation ouverte à toutes et tous, en ligne et dans des réunions.

visite de la ferme bio S'aime la Terre par les acteurs et partenaires

Le PNR Ventoux dans le cadre du PAT a présenté S’aime la Terre et Anatoth, initiatives exemplaires pour uproposer une alimentation de qualité accessible à tous ©JB

Cette année, 4 réunions thématiques ont été organisées. Au menu des sujets et débats avec de nombreux acteurs du territoire, la restauration collective, et  dans le cadre du Festival Ventoux Saveurs, la réduction du gaspillage, la question du foncier et enfin l’alimentation locale accessible à tous, illustrée par l’exemple Anatoth et S’aime la terre. Outre la visite, a eu lieu une après-midi de réflexions et échanges sur le thème de l’aide alimentaire, ses limites et les initiatives à remarquer et éventuellement à reproduire…

Le Parc entend ainsi jouer pleinement son rôle d’information, de sensibilisation et d’éducation. Objectifs ? Favoriser les productions locales, la vente directe et les circuits courts ainsi que la lutte contre la précarité alimentaire et l’accès pour tous à une alimentation de qualité, gage de bonne santé pour les humains et l’environnement.