vergers bios en expérimentation

Une innovation technique ne sauvera pas l’agriculture, face au changement climatique. Pour les bios, tout part d’un agro-système équilibré. Les scientifiques travaillent à la fois sur la biodiversité cultivée et sur les itinéraires techniques. Et ils l’expliqueront dans le cadre de la Fête de la Science.

Il porte le joli nom de DiversiGo ! Le projet d’innovation financé par l’Europe et la Région Sud-PACA se terminera en 2023. Chercheurs, techniciens, animateurs et agriculteurs y travaillent de concert, sous la conduite du GRAB (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique). Objectif ? Adapter l’agriculture régionale au changement climatique. Comment ? En mettant l’accent sur le choix du matériel génétique, des variétés.

A partir de ressources végétales locales anciennes ou localement adaptées, notamment à la chaleur et à la sécheresse, une sélection rigoureuse permet de conserver les plantes qui s’en sortent le mieux. Et les générations futures s’en souviendront !

Multiplier les semences adaptées

Le projet porte sur les semences potagères, les engrais verts et l’arboriculture. « En maraîchage, on constate une érosion génétique énorme chaque année, explique Chloé Gaspari, chargée de mission au GRAB. C’est un danger pour l’agriculture en général, et pour les bios. Et une perte dommageable, car certaines variétés pourraient s’acclimater ». Après deux ans de travail de recherche et d’études de ces variétés, des résultats sont notables, sur certaines laitues et brocolis.

Domaine du Grab à Avignon, Chloé Gaspari chargée de mission et Maxime Jacquot ingénieur d'expérimentation

Domaine du Grab à Avignon, dans les vergers expérimentaux, Chloé Gaspari chargée de mission et Maxime Jacquot ingénieur d’expérimentation©JB

Développer une filière

Autre piste, celle des engrais verts. Luzerne, sainfoin, dactyle et autres trèfles semés en cultures intercalaires apportent au sol l’azote nécessaire, permettent de  le décompacter et le protègent de la chaleur. L’enjeu ici est de constituer une filière de production locale. Elle sera parfaitement adaptée aux besoins des maraîchers et constituera un débouché pour les producteurs, principalement dans les Hautes Alpes et les Alpes de Haute Provence. Cette année, 7 tonnes d’engrais verts ont été distribuées localement.

Les arbres souffrent aussi

Dernier volet du projet DiversiGo, celui de l’arboriculture. Au verger de la Thomassine, à Manosque (04), le matériel génétique est évalué sous l’angle de la résistance aux agresseurs. Et cet été de sécheresse a permis de réaliser aussi une sélection naturelle entre variétés. Des résultats encourageants sont validés sur certains pommiers et abricotiers.

Après une phase de recherche de matériel génétique adapté au changement climatique, une deuxième porte sur l’observation de celui-ci et la recherche d’amélioration. Enfin, comme pour les engrais verts, c’est une étape de mise en réseau et d’organisation de filière. « L’intérêt est d’utiliser un matériel végétal, de la plaine à la montagne, qui s’adapte aux changements climatiques auxquels on assiste », précise Chloé Gaspari.

les fruitiers bios sous surveillance

Les abricotiers semés soit par le noyau directement en terre, soit après 20 jours en pot, et bientôt les arbres de pépinières seront observés de près ©JB

Améliorer les itinéraires techniques

Le GRAB et la filière bio s’intéressent aussi à d’autres voies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique. Comme l’agroforesterie, car on constate sous les arbres un micro-climat. L’écart des températures y est réduit. Dans cette zone tampon, les laitues échappent mieux aux coups de chaleur. Autre avantage, l’arbre favorise la biodiversité et abrite des auxiliaires des plantes cultivées.

Mais les arbres ont besoin d’eau. L’Agence de l’eau finance le projet de recherche ECEAUPLANT, sur la manière dont on les plante. « Aujourd’hui, quand on plante un arbre fruitier, il a déjà vécu un ou deux ans en pépinière. On coupe alors les racines pour le transplanter. On pense que cela le gêne » explique Maxime Jacquot. ingénieur d’expérimentation au GRAB.

Retour de méthodes anciennes

Alors en avril dernier, à la station expérimentale du GRAB à Avignon, les techniciens ont planté des noyaux de pêches et d’abricotiers, certains directement en terre, d’autres préalablement dans des petits pots pendant 20 jours. Et cet hiver, ils ajouteront sur les parcelles des arbres « classiques », venus de pépinières. Objectif ? Définir lesquels seront les moins gourmands en eau. Les arbres plantés plus jeunes sauront-ils développer leur système racinaire plus fortement et profondément ? Réponse dans quelques mois…

vergers bios au Grab d'Avignon et M. Jacquot

Sur des pêchers porte-greffe, les jeunes abricotiers poussent plus ou moins vite selon le mode de plantation choisi ©JB

D’autres axes de recherche sont poursuivis sur le choix des variétés, le pilotage fin de l’arrosage –certains rangs sont bien arrosés, d’autres moins- ou l’ombrage avec des arbres plus hauts. Mais aussi sur le changement d’espèces fruitières, avec une réflexion en cours sur les agrumes ou les pistaches.

Dans tous les cas, le GRAB et les agriculteurs bio, qui travaillent main dans la main, cherchent à développer une agriculture plus résiliente, face au changement climatique et qui assure l’avenir économique des fermes.

Pour aller plus loin

Agenda

Le 17 octobre, dans le cadre de la Fête de la Science, le GRAB accueillera  Jean-Michel Legave de l’INRAE, pour une conférence sur « Comment le changement climatique va-t-il impacter la production fruitière ? » dans le cadre de la Fête de la Science. De 18 à 20h au GRAB, 255 chemin de la Castelette à Avignon (bus C4 (Agroparc).

Contact et réservation : FRANCOIS.warlop@grab.fr