Semailles c’est le joli nom de cette entreprise d’insertion créée à Avignon en 1997. Dédiée au maraîchage bio, elle multiplie les activités et les partenariats. Ses valeurs : agriculture et alimentation durable, solidarité et partage. Vendredi 16 juin, c’était la fête à Semailles. Allez hop, un petit tour !
C’est une ferme maraîchère dans la ceinture verte d’Avignon. Mais c’est bien plus que ça. A la visiteuse d’un soir, Semailles offre ses jardins –forestier, Mandala et d’accueil- sa mare et toute la végétation aquatique qui la décore et aussi ses jolis petits bâtiments intégrés dans le paysage : la boutique et l’épicerie complémentaire. Des haies, des arbres, et ce jour-là, une foule joyeuse, qui se promène au son d’une musique tranquille.
Attablée en compagnie de sa maman, Hélène, de Montfavet ne boude pas son plaisir. « Je suis venue pour passer un bon moment. Il y a des food trucks –on mange local- et de la musique. Les jardins sont magnifiques avec les artichauts ».
Un Jardin de Cocagne
Sur les 8 ha d’un seul tenant (Semailles en possède 16 en tout), les visiteurs découvrent les champs, les serres et les ruches. Inlassablement, les salariés expliquent leur travail, leurs pratiques et leurs contraintes.
Chaque année, près de 70 personnes en transition professionnelle passent par Semailles. Accompagnées par une quinzaine de permanents, elles produisent 70 tonnes de fruits et légumes bio, vendus sous forme de paniers à 350 adhérents d’Avignon et des alentours. Semailles fait partie du réseau des Jardins de Cocagne.
Semailles et l’insertion
Makan avait déjà travaillé dans l’agriculture au Mali. Ici, il aime bien « planter, désherber, ramasser les haricots » énumère-t-il. Il apprécie l’ambiance, mais sa transition vers l’emploi, il la prépare vers la boulangerie, sa vraie passion.
Outre le maraîchage, les salariés en CDDI (pour Insertion) travaillent également au jardin pédagogique et participent à des ateliers avec le pôle Education à l’environnement. C’est une autre activité de Semailles. Trois animatrices s’y consacrent. « Mon dada, ce sont les petites bêtes », explique Julie Mérigot avec un large sourire.
Semailles et l’environnement
« On fait tout de A à Z, poursuit l’animatrice nature. On monte les dossiers de subventions des projets, et puis on assure l’animation auprès des adhérents, des scolaires ou du public. Ainsi, on organise des ateliers sur l’agriculture, les jardins, le compost, la biodiversité… Ici ou bien au pied des immeubles, où l’on a mis en place des jardins partagés ».
Mais retour à notre visite. Un peu partout, des enfants gambadent, suivent des jeux de piste sur la biodiversité, pêchent dans la mare ou écoutent des contes sur la nature. Plus loin, voilà l’atelier cuisine nourricière. Sophie Santana est aux fourneaux. En un tournemain, apparaissent les chapati –sorte de crêpes indiennes- à déguster avec de la « fayonnaise ». L’équivalent de la mayonnaise, mais les haricots blancs y remplacent les œufs.
Semailles et l’alimentation
« On parle ici d’alimentation durable locale, confie l’encadrante technique. L’idée est de végétaliser les assiettes et limiter le gaspillage ». Cette nouvelle activité de Semailles se développe, non seulement auprès des salariés en insertion mais aussi ailleurs dans le département. Par exemple avec des centres sociaux, des jeunes en formation professionnelle ou encore dans les jardins partagés. Histoire de relier le légume qui pousse en bas de chez soi et le contenu de son assiette. Sans oublier que tout cela se terminera par la dégustation d’un repas partagé et convivial. !
« J’aime bien aller chercher mon panier, ça me rappelle des souvenirs, avec ma mère. Il y avait le même service en Italie, se souvient Michelangelo, jeune adhérent aux paniers de Semailles depuis 6 mois. Je suis motivé par une alimentation saine et locale. Et puis ça nous pousse à trouver des recettes ».
Semailles et son éco-système
Un peu plus loin, Anne-Lise déguste boulettes et quinoa. Adhérente depuis 10 ans, elle a très tôt voulu une cuisine saine pour ses enfants. « Après j’ai quitté l’association, mais ça m’a trop manqué, je suis revenue avoue-t-elle dans un éclat de rire. Maintenant je prends un demi-panier ! J’ai aussi participé à des ateliers avec eux, j’ai fait un lombricomposteur » !
On l’aura compris, Semailles a plus d’une corde à son arc. Mais pour réussir sa mission première, l’insertion professionnelle, elle a besoin de nombreux partenaires et d’entreprises susceptibles de recruter ses salariés.
Aujourd’hui, -encore un nouveau projet– elle leur propose la tenue de séminaires en ses beaux jardins (et son espace accueil). Un travail de fourmi, une toile d’araignée de solidarité, une démarche que partagent de plus en plus d’entrepreneurs.
Entrepreneurs au diapason
C’est le cas de Frédéric Dahm, cofondateur d’une agence de création digitale. Lui-même adhérent des paniers depuis longtemps, il tente de sensibiliser la centaine de ses jeunes salariés à la question de l’alimentation et de la santé. Certains ont déjà sauté le pas et commandent leur panier. « Ce qui me plaît, c’est l’engagement social et environnemental, précise le jeune chef d’entreprise. Cela passe par le soutien aux acteurs locaux. Un des enjeux, c’est de trouver des débouchés à travers nos réseaux ».
Autre partenaire, le restaurant d’insertion « Graines de piment », installé en plein centre d’Avignon. Il accueille des jeunes de 16 à 18 ans, déscolarisés et suivis par la Protection Judiciaire de la Jeunesse et l’Aide sociale à l’enfance. Pendant quelques mois, ils travaillent au restaurant et élaborent avec les éducateurs un projet professionnel. « Notre but est qu’ils retrouvent l’envie de se lever le matin, et confiance dans les adultes », indique Christophe Rouquier-Perret , éducateur. Semailles fournit au restaurant une partie de ses fruits et légumes.
C’est ainsi tout un réseau d’acteurs qui se tisse à Avignon autour des questions agricole, alimentaire et de santé, mais aussi de solidarité. Vous avez dit biodiversité ?